31/12/11

Les Loups, Pour tout dire


Les Loups ont, au cours des années, acquis un statut mythique parmi les groupes de garage québécois. Aussi obscur cet orchestre peut-il sembler, leur musique a néanmoins traversé les générations pour se rendre jusqu'à nous à travers différents médiums. Leur chanson Tous les soirs a été compilée sur Ils sont fous ces gaulois Vol. 2. Pour tout dire, chef d'oeuvre de garage québécois - et probablement LA pièce de rock la plus lourde enregistrée ici au cours des années yéyé - a pour sa part été compilée sur Rumble - Quebec Garage Beat 66-67. Y'a aussi leur désormais classique de Noël yéyé Ah les fêtes, utilisée il y a quelques années dans une publicité de Zellers, qui a également été reprise par le Boum Ding Band de l'acteur Stéphane Crête. Pourtant, on en sait très peu à propos des Loups... Mais pas pour longtemps, car Les Loups s'en viennent... et c'est toute la meute qui arrive!


Contacté par courriel, M. Robert Paradis, guitariste du groupe, s'est aimablement chargé de contacter tous les membres des Loups pour collecter leurs souvenirs et les réunir ici dans une entrevue extrêmement complète, diablement intéressante et d'une rare richesse. C'est donc un honneur et un privilège pour le blogue Vente de garage de pouvoir publier ici l'histoire des Loups.


La seule et unique formation des Loups, de gauche à droite:
Louis-Jacques « Buzz » Bourdon – Guitare basse
Richard Giguère – Batterie
Robert Paradis – Guitare accord
Daniel Giroux – Guitare solo
Maurice Paquin – Voix, harmonica, percussions

Vente de garage: M. Paul Paulin, dont on peut lire le nom sur plusieurs disques des Loups, a-t-il aussi fait partie du groupe? Si oui, à quel instrument?
Robert Paradis : Paul Paulin était gérant du groupe mais surtout compositeur de plusieurs des chansons originales des Loups, sur des textes de Robert Paradis.

VdeG: J’ai lu que M. Paulin aurait passé quelques années en Abitibi (d’où je suis moi-même originaire), j’aimerais donc savoir dans quelle ville et durant quelles années il a vécu en Abitibi? A-t-il appris la musique en Abitibi? A-t-il côtoyé des musiciens de là-bas?
Paul Paulin : Je suis allé à l'école avec Raoûl Duguay, qui demeurait sur la rue voisine. Nous étions tous les deux dans la fanfare de Val d'Or, on jouait du clairon. En 1956 je suis parti avec ma guitare pour Montréal, et j'ai formé un orchestre dont faisait partie le Gros Pierre, qui a joué plus tard avec Charlebois ; il y avait aussi Bill Gagnon (Ville-Émard Blues Band ) qui faisait ses débuts à la basse. Nous pratiquions dans le sous-sol du café Saint-Jacques, situé coin Sainte-Catherine et Saint-Denis. Le piano électrique n'existait pas dans l'temps, alors la première chose que l'on demandait si on avait un contrat, c'était : avez-vous un piano ? Nous avons dû plusieurs fois transporter le piano en trailer. Plus tard, je suis retourné en Abitibi où j'ai formé un autre orchestre. Nous avons fait des tournées en province, suivis d'autre groupes dont les Gants Blancs - avec Gerry Boulet. De temps en temps, un gars du groupe vendait sa montre pour mettre du gaz dans l'auto. C'était le bon temps.
Pour plus de détails, s'il vous plaît consulter le site de Paul à l'adresse suivante : http://www.paulpaulin.com


VdeG: Comment, où et quand le groupe Les Loups s’est-il formé?
Robert Paradis : Le groupe, d'abord appelé Les Go-Beats, s’est formé en 1964 autour du noyau principal composé de Robert Paradis, Maurice Paquin et Louis-Jacques Bourdon dit Buzz. Les trois étaient étudiants au collège Saint-Ignace à Ahuntsic. Maurice, dont le père enseignait l’anglais au collège, est originaire de Saint-Boniface au Manitoba. Il est arrivé à Montréal après un détour par Toronto, où il avait déjà fait partie d’un groupe pop. Buzz était le fils de (Louis Bourdon), un chanteur d'opérettes (baryton) qui a été membre du groupe vocal Quatuor Alouette avec Lionel Daunais, bien connu du public dans les années 30, 40 et 50. Se sont par la suite greffés au groupe le guitariste solo Daniel Giroux, un ami d’enfance de Robert, et le batteur Richard Giguère, qui s’était auparavant aiguisé les baguettes dans des fanfares et dont l’imitation buccale du son de la trompette a immédiatement séduit le reste de la bande.
Mais l’élément catalyseur a été la rencontre entre Maurice et Paul Paulin, les deux alors à l’emploi du cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal. Paul y occupait le poste d’horticulteur tandis que Maurice y avait déniché un emploi d’été à titre d’« opérateur de tondeuse ».
Les Go-Beats existaient depuis quelques mois et leur maigre répertoire se composait de quelques chansons populaires, genre Wild Thing, Twist and Shout, etc. Paul avait été musicien dans son Abitibi natal et il avait déjà sillonné la province dans des groupes incluant, entre autres, Bill Gagnon et le Gros Pierre, de la première cuvée des musiciens qui ont plus tard accompagné Robert Charlebois.
Lui-même un guitariste talentueux et original, Paul a pris le groupe en charge. Il en est ainsi devenu le gérant et directeur musical, décortiquant systématiquement, à partir des disques, les chansons à ajouter au répertoire, et confiant leur partie à chaque musicien.
Mais, plus important encore, Paul a vite fait comprendre au quintette que, à une époque où plusieurs groupes se contentaient de calquer les succès américains ou internationaux (ou leur version française), l’avenir était aux groupes qui créaient leur propre matériel. Paul avait déjà quelques compositions de son crû dont Acapulco, appelé à devenir le premier succès des Loups sur disque.


Puis le vrai déclic s’est produit quand les Go-Beats se sont inscrits au concours Festival des orchestres yéyé de la populaire station de radio CJMS. Se mesurant pendant tout un week-end à des groupes plus expérimentés, comprenant des musiciens plus talentueux, les Go-Beats ont su tirer leur épingle du jeu avec un amalgame original de chansons françaises (Adamo, Christophe, etc.) - dont Maurice était un interprète éblouissant -, de blues américain (Paul Butterfield, Junior Wells, Muddy Waters – encore là, Maurice se démarqua par son jeu dynamique et inspiré à l’harmonica) et de rock populaire (Beatles, Rolling Stones, Animals…).
Résultat : contre toute attente, les Go-Beats terminèrent au deuxième rang du concours [derrière Les Atomes et devant Les Chantels] et méritèrent, entre autres, un contrat de disque avec la compagnie Fantastic de Jacques Matti.
À l’occasion des premiers enregistrements en studio, Normand Fréchette, alors un des populaires « bons gars de CJMS », comme on appelait les DJ de cette station à l’époque, a proposé au groupe de changer de nom. Comme il constatait chez les jeunes hommes un esprit de clan, avec une bonne dose de dérision et d’audace, il a eu le flash… d’une « meute ». Ainsi sont nés Les Loups.

VdeG: Quels étaient les influences musicales des Loups?
R.P. : Tout ce qui nous faisait tripper et nous permettait d'avoir des filles ! Sérieusement, ça allait du « fleur bleue » d'Adamo à la pop haute performance des Beatles en passant par le blues sale de Junior Wells et les envolées explosives de Paul Butterfield. On a sans doute été un des premiers groupes qualifiés de yé-yé à prendre la tangente blues au Québec. Côté compositions originales, on s'est inspiré surtout des maîtres bien sûr - qui d'autre que les Beatles.

VdeG: Les Loups ont une particularité intéressante : vous n’avez jamais enregistré de reprises. Était-ce important pour vous de composer vos propres chansons?
R. P. : Pour nous, ça a toujours été la seule et unique voie à suivre. C'était amusant de reproduire des hits pour faire danser le monde - n'oublions pas que c'était la belle époque des « salles de danse » -, mais le vrai plaisir en même temps que le plus beau défi, c'était de sortir du matériel original de qualité.


VdeG: Quelles étaient les inspirations pour les compositions?
R. P. : Les peines d'amour, la rage de vivre, la poésie, les Beatles, la quête d'originalité, le rêve, Dylan, la volonté constante de mettre un peu de magie dans le quotidien...

VdeG: Jouiez-vous tout de même des reprises en concert? Si oui, lesquelles?
R. P. : Un mélange hétéroclite des chansons françaises (Adamo, Hugues Aufray...) de hits américains et internationaux (Paul Revere & The Raiders, Animals, Rolling Stones, ...) beaucoup de Beatles et une bonne dose de blues américain (Paul Butterfield Blues Band, Junior Wells...)

VdeG: Avez-vous donné beaucoup de concerts à travers la province?
R. P. : Pas des tonnes, mais on a tourné un peu partout - en Abitibi, au Lac Saint-Jean, Trois-Rivières, Québec, Sherbrooke...


VdeG: À quoi ressemblaient les concerts des Loups?
R. P. : L'attrait principal, c'était bien sur Maurice, ce grand hurluberlu aux lunettes noires de Buddy Holly qui chantait et qui se faisait aller le popotin comme personne d'autre. Ses solos d'hamonica étaient sulfureux et son intensité avait un effet électrique sur l'auditoire. On plaisait beaucoup aussi par la diversité du répertoire et le fait qu'on ne se prenait jamais au sérieux. Les Loups, c'était du bonbon pour l'oreille et pour l'oeil.


VdeG: Avez-vous des souvenirs de tournée à partager avec les lecteurs de Vente de garage?
R. P. : La fois où Dino/César a réellement pleuré pendant la chanson Je sais. Dino était reconnu pour vivre cette chanson jusqu'aux larmes - une vraie fontaine d'émotion ! Ce soir-là, Dino finit une cigarette, jette son mégot par terre et entame la chanson. Sauf que le mégot s'inflitre dans sa sandale de Romain. Dino n'a jamais si bien pleuré ! Et j'ai maaal, si maaal... !
La fois où Richard, qui avait un emploi, a prévenu son patron qu'il était malade et ne pouvait se présenter au travail. Sauf qu'en ouvrant sa télé le soir, le patron aperçoit Richard qui joue de la batterie à Télé-7, à Sherbrooke. Comment Richard pouvait-il se douter que son patron avait accès à Télé-7 ??? Richard a été congédié.
La fois où, à Beaulac dans les Laurentides, une gang de motards envahit la salle où on joue. Le plus laid et le plus menaçant s'approche lentement de la scène et demande gentiment : joue-moé une chanson d'Elvis. Manque de chance, on n'en a pas. Disons qu'on en a appris une sur place et dans un temps record ce soir-là.




VdeG: J’aimerais recueillir vos souvenirs d’enregistrements, de compositions, ou d’anecdotes par rapport à certaines chansons. Acapulco fut sans aucun doute votre plus grand succès, avec plus de 20 000 copies vendues en 1965. Avec du recul, que pensez-vous de cette chanson?
R. P. : Acapulco a été composée par Paul Paulin, paroles et musique. Ce fut un hit d'été dans l'air du temps, avec refrain mémorable, voix style Beatles à l'unisson et ça parlait d'une fille aux cheveux blonds qui dansait le yaya ! Ça ne pouvait pas rater - c'était écrit dans le ciel !


Les loups - acapulco



Josée, l'excellente et méconnue face B de Acapulco
Les loups - josée

VdeG: Quelle était l’inspiration pour la chanson Tous les soirs? Avez-vous des souvenirs d’époque reliés à cette chanson?
R. P. : Gars aime fille, fille fait son indépendante, gars ne se décourage pas : tôt ou tard, il sera l'élu de son coeur ! Une autre chanson écrite par Paul Paulin. Un texte pas très compliqué mais un rythme d'enfer - Paul avait un don pour les hooks. En fait, Paul nous a carrément montré à jouer trois chansons exclusivement pour notre participation au concours de CJMS... et ça a marché !



Les loups - tous les soirs

Ces mots, la face B de Tous les soirs
Les loups - ces mots



Les loups - pour tout dire

VdeG: Pour tout dire semble très dénonciatrice, quel en était le sujet et l’inspiration?
R. P. : Pour tout dire, c'est un gars qui crie sa rage au coeur devant le « mur » (The Wall avant le temps...) de l'incompréhension, devant la robotisation imminente et les lendemains qui déchantent. On est tous pris dans le Grand Engrenage et on n'a pas de temps à perdre, il faut vivre au max avant que tout éclate ! Comme l'impression que pas grand chose a changé depuis, n'est-ce pas ? Le solo de guitare fuzz de Daniel Giroux sur l'enregistrement est une pièce d'anthologie !

VdeG: Avez-vous des souvenirs de l’endroit et de la date de l’enregistrement de Pour tout dire?
R. P. : Personne ne se rappelle de la date exacte, mais cette chanson a été enregistrée lors d'une des ces légendaires sessions où on avait 3 heures de studio pour enregistrer les deux côtés de notre prochain 45 tours ! C'est peut-être la raison pour laquelle on était si enragés après tout !


VdeG: D’où est venue l’idée d’y ajouter de la guitare fuzz?
R. P. : C'est le son qu'exigeait le texte ! C'était de la folie, de l'incantation, du volcan qui éclate, du crachat qui s'éjectait !

VdeG: Quelle a été la réaction dans les médias à sa sortie?
R. P. : Euh... Qu'ossé ça c'te bibitte-là !*?%#???? Malheureusement, la chanson n'a pas bénéficié d'un soutien promotionnel assez efficace et elle s'est directement envolée dans la grande mémoire sidérale...

VdeG: Quelle était la réaction du public lorsque vous la jouiez sur scène?
R. P. : Les jeunes, eux, savaient exactement de quoi on parlait. Ils n'écoutaient pas la chanson, ils la ressentaient, ils la « vibraient »...

VdeG: Pour tout dire est aujourd’hui considérée comme un chef d’œuvre du rock garage québécois. Le 45 tours sur lequel elle figure est recherché par les collectionneurs de par le monde. Une copie peut se vendre jusqu’à 200$ sur eBay! Étiez-vous au courant de ce phénomène? Qu’en pensez-vous?
R. P. : Wow ! Première nouvelle ! 200 $ c'est plus qu'on a fait pendant toute notre première année de spectacles !! J'pense qu'y en a quelques-uns qui vont aller fouiller dans leur... garage ce soir !


VdeG: Était-ce Maurice Paquin qui chantait aussi sur Pour tout dire? Avec cette voix plus criée qu’à l’habitude, avec le fuzz dans la guitare et avec ces paroles assez agressives, on dit de Pour tout dire qu’elle serait même une chanson punk… peut-être une des premières au Québec! Qu’est-ce que ça vous fait de penser que vous faites partie des pionniers du punk québécois?
R. P. : C'était bien Maurice qui éructait le texte de sa voix sale et indignée ! Un Tom Waits shooté au Ginger Ale, quoi ! Ça fait un petit velours d'être considéré comme un pionnier mais, quand on y pense dans le fond, tous les artistes ont un côté punk. Certains le cachent bien, d'autres le refoulent mal mais tous en sont atteints.

De toi, la face B de Pour tout dire
Les loups - de toi

VdeG: Sur votre dernier 45 tours, lancé en 1967, dans la chanson Encore, les paroles me laissent penser qu’on parle peut-être de drogue… Est-ce le cas? Si oui, est-ce que Les Loups entraient dans une phase « hippie »?
R. P. : Re-wow ! Nous voilà dévoilés ! De quoi nous enfuir piteusement, la queue entre les pattes d'en arrière ! Surtout que, si deux gars de la meute fumaient la cigarette, l'auteur des paroles n'était aucun des deux.... Bizarre. Par contre, il fut plus tard un grand amateur de champignons et de... Carlos Castaneda.


Les loups - encore

Tzigane, la face B de Encore
Les loups - tzigane



Les loups - ah les fetes

VdeG: Pouvez-vous me raconter comme le projet de l’album Noël dans le vent, lancé pour la période des fêtes de 1965, est venu à vous?
R. P. : Comme c'était sur étiquette Fantastic, propriété de Jacques Matti, celui-ci a tout simplement réuni trois groupes faisant partie de son « écurie » et nous a demandé de créer des chansons de Noël originales pour l'occasion.

VdeG: La chanson Ah les fêtes! a récemment été utilisée dans un publicité de Zellers si je me souviens bien… comment avez-vous réagi?
R. P. : On était comme des enfants ! ! Quel merveilleux cadeau ! On en a eu les yeux tout éblouis ! Surtout que ça cadrait parfaitement avec les images remplies de couleurs et les jeunes qui riaient, chantaient et dansaient. Il faut dire aussi qu'on avait eu un avant-goût quand le groupe musical Boum Ding Band, dont le comédien Stéphane Crête était chanteur soliste, avait repris la chanson sur l'album Noël c'est l'amour.


VdeG: Croyez-vous qu’on puisse dire que Ah les fêtes! est maintenant un classique de Noël pour l’époque yéyé?
R. P. : C'est la grâce que l'on se souhaite de tout coeur ! Paroles faciles, images allumées, mélodie accrocheuse - c'est un autre exemple du don que possède Paul Paulin pour des ritournelles populaires. Ceci dit, les deux autres chansons originales des Loups sur cet album des Fêtes - Petit Michel et Cette étoile - étaient aussi d'un bon cru.

Les loups - cette étoile

Les loups - petit michel


VdeG: Dans quelles circonstances est-ce que Les Loups se sont séparés?
R. P. : Une histoire presque classique des groupes québécois. À un certain moment, trois étudient au collège tandis que les deux autres « travaillent ». Vient un moment où on doit décider : est-ce qu'on prend le beau risque et on se lance ou est-ce qu'on s'arrête ici ? Nous avons inconsciemment choisi de devenir ce météorite inconnu qui brille faiblement au fond de l'espace de la musique québécoise.




VdeG: Y a-t-il d’autres souvenirs mémorables ou anecdotes que vous aimeriez partager avec les lecteurs de Vente de garage?
R. P. : Un souvenir plus sentimental : les parents de Robert - Claude et Dorothée - qui étaient en quelque sorte les parents de la meute au complet. Claude et Dorothée demeuraient dans une vieille maison de bois, qui avait été construite par le grand-père de Claude, sur la rue Péloquin à Ahuntsic. Dans le temps, ils avaient aussi construit une grange à l'arrière de la maison, qui accueillait des chevaux, des lapins et des poules. Cette grange avait passé au feu mais elle était restée debout et c'est là que, l'été, Les Loups pratiquaient, attirant toujours une bonne foule de voisins et de badauds.
Claude et Dorothée occupaient - avec leurs 3 enfants - le logement du bas de la maison, qui consistait en 4 mini pièces et une toute petite salle de bain. L'hiver, 3 jours par semaine, de 7 heures à 10 heures, Les Loups montaient tout leur équipement - 3 amplis, guitares, batterie, colonnes de son, etc. - dans la cuisine du logement et pratiquaient.
Claude achetait toujours ses voitures - toujours des « station wagons » - en fonction de l'équipement car c'est lui qui servait de chauffeur attitré quand Les Loups allaient se produire en province.
Et quand le band revenait de Trois-Rivières, de Sherbrooke ou de Québec vers les 3-4 heures du matin, Dorothée était là qui les attendait avec les toasts, le café, les cretons, le beurre de pinottes, etc. - et la fête repartait de plus belle !

VdeG: Les Loups avaient-ils des compositions non-enregistrées ou des chansons d’extra enregistrées, mais jamais lancées?
R. P. : Nous avions plusieurs chansons originales à notre répertoire - que nous jouions constamment sur scène. Aucune n'a été couchée sur disque, bien que quelques versions de certaines chansons par d'autres artistes existent et que quelques enregistrements radio subsistent quelque part. Mais rien qui ne valle la peine de sortir au grand jour.

Après Les Loups, Maurice Paquin, chanteur, a lancé deux 45 tours en solo, mais toujours avec l'aide de M. Paul Paulin, sous le nom Francis Gregory. Étonnement, un de ses deux disques comporte ce qu'on peut considérer comme une des meilleurs véritables chansons ska du répertoire québécois des années 60: la chanson Monsieur Melon. Sur l'autre face, on retrouve une reprise intitulée Le marchand de ballon.




Francis Gregory - Monsieur Melon

Francis Gregory - Marchand de ballon

Maurice Paquin et Paul Paulin ont ensuite formé le duo Tibi et Toba, avant que M. Paquin ne lance un album solo, en 1983, toujours accompagné de Paul Paulin et même de Robert "Go-Beat" Paradis (à l'écriture de deux chansons).


L'album La garantie de Paquin a connu un certain succès, notamment avec les chansons Y'a rien là et Motel Henry, une chanson sur l'hôtel du même nom à Rouyn-Noranda! C'est donc le chanteur des Loups que vous retrouvez là-dessus! Voici la genèse de la chanson « Motel Henry » de Maurice Paquin:

Octobre 1978. Le premier engagement solo de Maurice Paquin: le Motel Henry de Rouyn-Noranda. J'y débarque avec ma Chevrolet '62, mes tounes originales, mon costume folklorique écossais, mon poêlon électrique à deux ronds, mon gruau organique et mes rêves de stardom. Répétition avec des « musiciens » qui n'ont jamais vu ni entendu parler d'une partition musicale. Après deux chansons, le patron monte sur scène, me prend par le chignon et « m'enwoye à 'maison ».

Je me retrouve au Château Inn de Val d'Or, où Gérard Vermette et Pierre Daignault me prennent sous leurs ailes et m'expliquent que dans le monde du cabaret, un artiste qui ne boit pas et ne mange pas sa paie, ce n'est pas rentable.

« Thank you / Merci » se lisait en grosses lettres de néon, sur le panneau d'annonce du Motel Henry. Jamais je n'oublierai ces premiers pas de ma carrière, ces premiers refrains de mon cri de coeur. There's no business like show business.

L'histoire des Loups s'arrête donc ici. Un immense merci à M. Robert Paradis, Paul Paulin ainsi qu'à tous les membres des Loups qui ont généreusement accepté de partager souvenirs, archives et musique avec Vente de garage et ses lecteurs.

11/12/11

Irène McNeil - Rock'n'roll du Père Noël


C'est Noël! Fac Joyeux Noual!

Pour l'occasion, voici l'autre Rock'n'roll du Père Noël, pas celui de Marcel Martel, disponible ici, mais bien celui de Mademoiselle Rythme, Irène McNeil!

Il y a quelques temps, j'étais à l'émission Bouillant de culture, à Radio-Canada, pour parler des deux chansons de rock'n'roll québécois intitulées "Rock'n'roll du Père Noël".

Voici donc un peu plus d'infos sur celle de Madame Irène McNeil.

C'est probablement en décembre 1957 que la première édition du Rock'n'roll du Père Noël d'Irène McNeil a vu le jour (voir le top de l'article). C'était sur les disques Sandryon, l'étiquette de la chanteuse d'origine française, pin-up, propriétaire de cabaret et femme d'affaire Michèle Sandry. Les disques Sandryon sont bien connus pour nous avoir donné plusieurs disques de rock'n'roll aujourd'hui presque introuvables, et donc, d'autant plus mythiques, tel qu'un 45 tours doo wop du groupe américain The Avalons, lors de leurs belles années à Montréal, la chanson The Mule de Gordie Sullivan et Jukebox Rock'n'roll, de Madame Sandry elle-même.

Irène McNeil n'était pas étrangère au monde du cabaret. Elle était d'ailleurs Maître de Cérémonie du Café El Dorado de Montréal, où elle a notamment présenté l'autre grande femme du rock'n'roll québécois, la première même, tous genres confondus, à avoir enregistré une chanson de rock'n'roll au Québec et en français, et j'ai nommé, Carmen Déziel.


McNeil donc, voyant probablement le rock'n'roll devenir de plus en plus populaire, s'est mise au genre. On l'a même surnommée Mademoiselle Rythme et ce fut d'ailleurs le titre de son premier album, lancé circa 1958, sur étiquette London. On retrouve là-dessus plusieurs excellentes adaptions de succès plus ou moins obscurs de rock'n'roll américain.

Iréne McNeil avait une "twist" cabaret à son rock'n'roll, c'est-à-dire un son jazzé, proche du swing. Elle était entourée d'excellents musiciens. Notamment, ici, sur le Rock'n'roll du Père Noël, c'est Rod Tremblay et son orchestre qui l'accompagnent.

Contrairement au Rock'n'roll du Père Noël de Marcel Martel, qu'il avait composé lui-même, celle de Mme McNeil est plutôt une adaptation de Boogie Woogie Santa Claus, notamment popularisée par Patti Page, en 1950.

La version de Mademoiselle Rythme est franchement excellente et présente des paroles qui veulent annoncer l'arrivée du rock'n'roll comme un nouveau rythme jeune et entraînant. J'adore particulièrement les Rock, rock, rock Père Noël/Roll, roll, roll Père Noël!

Pour le peu qu'on en sache, Irène McNeil a continué sa carrière de Maître de cérémonie en cabaret au moins jusqu'au cours de la première moitié des années 60. Ensuite, qui sait!

Joyeux Noël!

04/10/11

Jimmy Bond - Garage et soul!


Jimmy Bond. Pas de doute, il a un nom cool. Mais sa carrière est très overlookée. En fait, son nom est resté gravé dans la mémoire populaire pour ses chansons d'amour chantées en duo avec la belle Nicole Martin au milieu des années 70. Pourtant, Jimmy Bond a enregistré plusieurs excellentes chansons dans les domaines du garage, du soul, du funk et du psychédélique léger.

André Champagne, de son vrai nom, est né à Montréal en 1943. C'est en 1966 qu'arrive son premier enregistrement avec Jimmy Bond et Les Goldfingers, sur disques Apex. On imagine très bien que son nom d'artiste et celui de son groupe soient inspirés par la vague de popularité des films de James Bond. Goldfinger est lancé en 1964 et The man with the golden gun est lancé en 1966. On est un plein milieu de la vague. Les deux seules chansons des Goldfingers, Lucky goldigger et Don't cry, sont deux petites pépites garage inconnues et toujours non-compilées qui méritent fortement d'être entendues.


Jimmy Bond and The Goldfingers - Lucky goldigger

Sur Lucky goldigger, on retrouve des influences rythmn and blues, quelques notes dissonantes et une énergie punk (écoutez les cris durant le solo de sax!) qui me rappellent The Sonics, sans toutefois accoter le niveau sauvage des maîtres du garage 60's de Tacoma, WA. Une chose est sûre, on remarque tout de suite la voix de Jimmy Bond: puissante, éraillée et incisive. C'est tout un "put down song" et quel beau Nugget de garage québécois complètement inconnu!


Jimmy Bond and The Goldfingers - Don't cry

Sur Don't cry, on retrouve encore une fois, des notes dissonantes assez cool, mais surtout un rythme entraînant qui donne assurément le goût de taper des mains. Le reste de la chanson démontre moins de guts que la première, mais c'est tout de même un morceau fort intéressant. Ce sera déjà le chant du signe pour les Goldfingers.


Jimmy Bond - Que tu ne fais... qu'un jeu

On en arrive à ma préférée de Jimmy Bond. En 1968, il lance en solo son deuxième 45 tours sur étiquette Sabre. Cette fois, c'est vers le soul d'Eddie Floyd qu'il se tourne, avec une reprise francophone de Knock on wood, qui devient Que tu ne fais... qu'un jeu. C'est pas la meilleure version que j'aie entendue, mais elle tient très bien la route. À vrai dire, les reprises de soul de cette qualité au Québec, particulièrement en français, se font assez rares. J'ai attendu longtemps avant de mettre la main sur ce disque et je suis bien content de le compter dans ma collection.

Jimmy Bond - Hot pants


Jimmy Bond lance ensuite différents 45 tours, dans différents genres. Probablement une époque de recherche. Au milieu de ces essais, Hot pants, un morceau funky et léger qui vaut une écoute. Non, ce n'est pas une reprise de la chanson de James Brown du même nom. Stéphane B du blogue La mémoire retrouvée nous informe que c'est plutôt une reprise du groupe Salvage.

Au cours de cette même époque, M. Bond a aussi lancé une version funky de Na-na-hey-hey (kiss him goodbye). Le surnommé Eiffel, auteur du blogue C'était hier, a généreusement partagé avec nous photo et fichier numérique de cette chanson. Un énorme merci à vous! Ça vaut le coup d'être entendu! La batterie et le wha-wha donnent une belle touche funky à son interprétation.


Jimmy Bond - Na na hey hey - dis-lui bonsoir

Au tournant des années 70, Jimmy Bond se fait une blonde. Il s'agit de la belle Nicole Martin. Ensemble, ils enregistrent plusieurs duos amoureux. Cette relation semblait assez fusionnelle...


En 1973, probablement le temps d'une nuit esseulée, Jimmy Bond lance une chanson psychédélique légère bien pop intitulée L'avion supersonic, qu'il co-écrit d'ailleurs avec Pierre Létourneau. On n'est plus en terrain soul, mais l'écoute est agréable et le voyage vaut le prix du billet.


Jimmy Bond - L'avion supersonic

M. Bond, si vous avez le goût de partager plus d'informations, d'enregistrements, de photos ou de souvenirs avec nous, contactez-nous ici!

17/09/11

Johnny Pop - Je te dis oui


Ça, c'est une découverte bizarre. Je fais un détour par le new wave punkish pour vous parler de Johnny Pop.

À vrai dire, je n'ai pas grand chose à dire sur Johnny Pop à part... Who the fuck is Johnny Pop?!

Je suis tombé là-dessus au cours de l'été dans je-ne-sais-plus-quel marché aux puces. À priori, c'est l'étiquette qui a attiré mon attention. Solfège. Cette étiquette est habituellement synonyme de rock garage sixties obscur et rarissime. C'est qu'au cours des années 60, ce micro label a lancé deux des 45 tours garage les plus recherchés: Les Wild Ones et Les Demi-Douzaines, sans compter une myriade d'autres excellents groupes tels que Réjean et ses Faucons, Le Spectre, Les Serfs, alouette!

Retour au marché aux puces, après avoir lorgné l'étiquette, je m'attarde aux détails:

Titre de la chanson: Je te dis oui
Artiste: Johnny Pop
Crédit auteur-compositeur: J. Pop
Année de fabrication: 1982, au Canada, par disques Quality limitée
Face B: Version instrumentale

Étrange! J'ignorais que les disques Solfège avaient continué de produire dans les années 80! Cette si petite étiquette était déjà moribonde à la fin des années 60.

Johnny Pop - Je te dis oui

Je mets donc le 45 tours sur mon tourne-disque. Intro de batterie, ligne de basse rock'n'roll, synthé 80, puis la voix... on jurerait Plastic Bertrand! Les paroles, je n'en parle pas, elles sont à peine compréhensibles, surtout avec cet accent français! Ensuite des back vocals doo wop et un sax pour la touche rétro. Un refrain accrocheur avec des coup de snear doubles qui donnent envie de taper des mains. Je te dis oui.

Ma foi, c'est excellent! Ça aurait facilement pu figurer au répertoire de Plastic Bertrand! D'accord, ce n'est qu'un pastiche, mais quand même. Qui savait que le Québec a eu son propre Plastic Bertrand?!

Si quiconque a d'autres infos là-dessus, laissez-le moi savoir!

11/09/11

Cauchemar ou assumer la joke


Pour ceux qui l'auraient manqué - et vous auriez raison de l'avoir manqué, car j'ai oublié de le mentionner sur le blogue - samedi dernier, j'étais à l'émission Bouillant de culture, émission animée par Patrick Masbourian sur la Première chaîne de Radio-Canada, pour faire la toute première chronique Face B de la saison. Je serai de retour une fois de temps en temps pour vous parler, bien entendu, de la face B de l'histoire de la musique québécoise.

Comme l'émission était diffusée en direct du fetival western de St-Tite, j'ai décidé de discuter d'une chanson qui prend racine dans le country et western à tendance folklorique. Le morceau en question est Cauchemar, de Robert Charlebois. Si ça ne vous tente pas de lire, ben écoutez la chronique ici. Sinon, bonne lecture!

Charlebois enregistre Cauchemar en 1973 et la place en chanson d'ouverture sur son album Solidaritude, paru la même année. C'était la belle époque d'Ent' deux joints.

Robert Charlebois - Cauchemar

Mais Charlebois n'a pas composé ni écrit cette chanson et ne fut pas, non plus, le premier à l'endisquer. C'est plutôt un morceau à la fois country, hillbilly, rock'n'roll et folklorique de Gabélus Côté et la Famille Côté, paru à l'origine en 1961 sur étiquette Laurentien.


Gabélus Côté et la Famille Côté - Cauchemar

Mais qui était donc cet obscur Gabélus Côté? Je me suis longtemps posé la question, jusqu'à ce que j'observe que le crédit de compositon de la version de Charlebois était donné à un certain Michel Choquette. Quelle découverte!

Michel Choquette est le fils de Robert Choquette, un écrivain et poète québécois a qui l'on doit aussi les tout premiers feuilletons-radio du Québec. Michel Choquette, pour sa part, a connu une carrière d'humoriste hors du commun. Au cours des années 60, il s’exile au États-Unis où lance le duo d’humoristes fantaisistes Times Square Two, avec qui il connaît un grand succès. Il se sont notamment produit au Johnny Carson Show – une consécration pour l’époque - ainsi qu’au Dean Martin Show.



M. Choquette était aussi un ami personnel de Frank Zappa, il a notamment fait quelques tournées avec lui, en 1ère partie. Il a plus tard travaillé pour le magazine humoristique américain National Lampoon et il est finalement devenu professeur aux départements de cinéma des universités Concordia et McGill à Montréal. 

Toujours est-il que Gabélus Côté était un personnage que Michel Choquette faisait vivre sur disque seulement. La chanson Cauchemar était donc une blague. Et c'était surtout la suite d'une blague encore plus grosse!





Le premier et plus grand succès de Gabélus Côté et la Famille Côté fut La jeunesse d'aujourd'hui. Enregistrée et lancée en 1960. Une chanson satirique de chiâlage contre la jeunesse dévergondée du début des années 60.


Gabélus Côté et la Famille Côté - La jeunesse d'aujourd'hui

Le succès fut si grand que Tex Lecor en fit une adaptation, et des reprises furent enregistrées par Oswald et la Famille Hébert, Dominique Michel et Denise Filiatrot (sic). Cette dernière en a même fait une version twist! Merci au blogue C'était hier d'avoir partagé cette adaptation.

Denise Filiatrot - La jeunesse d'aujourd'hui

Revenons à notre Cauchemar. J'ai eu l'occasion de discuter avec M. Choquette à propos de Cauchemar et ce dernier m'a donné quelques précisions par rapport au personnage et à la chanson. 

Premièrement, le nom Gabélus est tiré directement du "directory" de la Malbaie. Travaillant dans le coin, M. Choquette cherchait un nom comique dans le bottin de téléphone. C'est ainsi qu'il a baptisé son personnage Gabélus!
M. Choquette m'a aussi fourni quelques explications par rapport à l'inspiration de la chanson. Il était assis au bar d'un établissement nommé Le Tour Eiffel, à Montréal, au coin de Ste-Catherine et Stanley, lorsqu'il a entendu un client commander une boisson alcoolisée dans ces termes: "Encore un autre là mon Alban, un autre p'tite shot de whisky!". La première phrase de la chanson est née à ce moment, ainsi que le personnage du barman, Alban, qui revient plusieurs fois dans la chansons. "Encore un autre là mon Alban/Un autre p'tite shot de whisky blanc".

Puis, la chanson fut longue à écrire. M. Choquette s'était donné le défi de trouver le plus de rimes et d'adjectifs possibles pour décrire son personnage. L'auteur se souvient même avoir reçu un petit coup de main de Stéphane Venne pour terminer sa chanson!

Il n'en demeure pas moins que Michel Choquette, via son personnage de Gabélus Côté, se voulait provocateur pour l'époque. Quand, dans La jeunesse d'aujourd'hui, il mentionne que les jeunes, "ça mange du curé", il savait bien qu'il choquerait le Clergé. Et avec cette langue profondément jouale, utilisée dans Cauchemar, on se doute qu'il ne voulait pas faire plaisir au Frère Untel, qui venait à peine de publier Les insolences du Frère Untel, manifeste contre l'utilisation du joual!


Pourtant, avec l'humour, tout passe mieux. Ça a souvent été le cas au Québec. Pensons seulement à Méo Penché des Jérolas, une chanson de rock'n'roll, chantée en joual ou presque, qui a connu un succès énorme en 1961. Une chance que Les Jérolas étaient fantaisistes! Pensons aussi à Frisette des Rythmos ou à l'album 14 bonnes chansons jouals (sur lequel on retrouve une interprétation de La jeunesse d'aujourd'hui), qui utilisaient aussi l'humour pour faire passer la pilule. 

Charlebois, en grand révolutionnaire de notre musique, a simplement décidé d'assumer la joke que Cauchemar était et en a fait un classique instantané, une chanson qui fait désormais partie de la culture populaire, de l'inconscient collectif, et qui est reprise ici et là, à gauche à droite, sans qu'on ne s'attarde vraiment à son origine. Qu'on pense aux Frères à ch'val qui l'ont interprétée dans les années 90 ou à Mauvais sort, qui ont aussi fait leur propre version de Cauchemar, une satire jouale qui devient entre leurs mains un statement folklorique.

03/08/11

Remise en ligne - Compilation Vente de garage Vol. 6.2 - Maudite musique de pouels!


À la demande d'un lecteur et puisque la compilation n'était plus disponible, revoici la fameuse infâme Compilation Vente de garage Vol. 6 : Maudite musique de pouels! Vous trouverez ici la version 6.2, quelque peu retouchée, moins longue, plus punchée mais tout autant pouelle!

Voici la Compilation Vente de garage Vol. 6.2 : Maudite de pouels!, une sélection non-exhaustive de musiques sabbathistes, hard psych, hard blues, hard rock, progressive, glam, punk… branches et ramifications des racines du métal québécois.

Au fond d’une contrée lointaine, dans un pays nordique et froid, à l’ombre des mines et au milieu des bois, vit une tribu de pouels aux cheveux longs qui communique avec une musique à la fois extrême et mélodique, brut et virtuose, symphonique, progressive et chaotique. Cette forme d’expression a mis des années à se forger solidement dans le rock. Pour en arriver à sa forme actuelle, reconnue internationalement, il aura fallu des pionniers du genre. Ils furent les premiers pouels du Québec, les premiers à blasphémer contre la si puissante Église, à glorifier la Bête, mais furent aussi les premiers à effectuer des prouesses techniques instrumentales sur des structures complexes, à marteler le double bass drum et à augmenter le rythme de piochage, créant ainsi une musique agressive et rédemptrice qu’on appelle le métal québécois.

Track Listing
1. Intro Québec Rock
2.Québec Rock - Offenbach
3. Satans’s Song – Morse Code Transmission
4. Satanic – Ellison
5. Agneau de Dieu – Dyonisos
6. Dieu ne se mange plus – Jacques Michel
7. Lord Knows I’ve Won – Charlee
8. J’ai marché pour une nation – Michel Pagliaro
9. Pas besoin de personne – Connexion
10. Métal Rock – Danger
11. A New Rock and Roll - Frank Marino & Mahogany Rush
12. Weeping Widow – April Wine
13. Faut pas lâcher – Connexion
14. Bang Bang Revolver – Michel Pagliaro
15. Du côté d’la démence – Danger

À noter qu'entre temps, une excellente et succulente réponse à cette compilation a été proposée par notre ami L'Ex-Exorbité! Je vous la conseille fortement, c'est excellent! Vivre le Québec dans le ventre, Quebec 70s gutsy sounds!

15/07/11

Brian Redmond: The Sound Box, Marble Hall & Mashiya


Les deux 45 tours de Brian Redmond and The Sound Box sont très recherchés par les collectionneurs. Ils figurent parmi les meilleures pièces de garage anglophone québécois issus de l’Ouest de l’île de Montréal, dans la bande des Haunted, MG and The Escorts, Rabble et autres Bohemians.

Deux seuls 45 tours… deux? Non, beaucoup plus! Briand Redmond a connu une carrière prolifique et insoupçonnée et sa production musicale est d’une rare qualité.

Un autre phénomène relativement rare : Brian Redmond est batteur – et bandleader à la fois.

J’ai interviewé le sympathique et généreux M. Redmond par courriel. Voici donc un résumé bilingue de cet entretient résumant sa carrière, entrecoupé de détails importants.

 Brian Redmond avec The Red Cats, Hullabaloo à Go-Go, Laval, 1965

Brian Redmond voit le jour à Montréal, dans les années 50. Il commence la musique à 14 ans lorsqu’il se procure une batterie Ludwig, garnie d’un ensemble de cymbales Zildjan à 160$, une fortune pour l’époque!

Vers 1965, un premier groupe voit le jour. Redmond donne le tempo au groupe The Red Cats, un ensemble d’école secondaire qui joue des reprises de r&b. Les autres membres sont Ron Hepworth, Bud Swan et Michel Dugas. Ce projet se termine en 1967.


 The Red Cats, 1966

Quand est-ce que The Sound Box a débuté et qui étaient les membres du groupe?

BR: Late ’68, early ’69, the Sound Box was founded. Jim Boyce joined as lead vocalist with Ron Hepworth on guitar, Bud Swan on bass, Michel Dugas on lead guitar and Brian Redmond on drums and back up vocals.


The Sound Box, 1968

Quel était le concept derrière The Sound Box, et quelles étaient les influences du groupe?

BR: Truthfully, we were all lost souls trying to survive and maybe hear ourselves on the radio one day. Times were very simple in English Montreal back then. We played chalets, high schools clubs and prom partys, EXPO 67. We were influenced by the Rolling Stones, Beatles, James Brown, Yardbirds... how many nights we played “The Nazz are Blue”… Cream, Hendrix… We loved The Haunted, Bob Burgess and of course The Rabble “Golden Girl”, JB & The Playboys, Bill Hill, Al Nichols. We listened to Fenchie Jarreau... CKVL, CKAC… Bruce Bradley WBZ Boston... Cousin Brucie WABC New York.

En 1968, The Sound Box lance son premier 45 tours sur le label canadien Regency. Sa face A, Warm Your Body and Soul est une excellente chanson de rock psychédélique garnie de fuzz et de feedback. Sans oublier un groove assez funky, unique au son de Briand Redmond and The Sound Box! En face B, on retrouvait la chanson I'm Learning que je n'ai jamais entendue... si jamais quelqu'un peut m'aider avec ça!


En 1969, la carrière de The Sound Box va bon train. Le groupe a des engagements réguliers. Leur deuxième 45 tours, toujours sur étiquette Regency, est lancé à ce moment. On y retrouve les chansons I Want You (une reprise du populaire chanteur canadien Andy Kim) et Boogaloo Up Bord du Lac. Briand Redmond se souvient avoir enregistré ces chansons dans un studio (maintenant disparu) de la rue Guy, à Montréal, en pleine tempête de neige. C’est l’animateur  Bil Lowell, de la station de radio CFOX à Montréal, qui réalisait cet enregistrement, qui se résuma à deux « one take » sur bande 4 pistes. Le succès commercial fut au rendez-vous, la chanson I Want You trouvant sa place sur les ondes de plusieurs stations de radio. Ce succès leur vaudra une place en première partie de Andy Kim et de Gary Puckett & The Union Gap à l’aréna Paul Sauvé.


Brian Redmond & The Sound Box - I Want You

La face B m’a toujours intrigué. Un titre bilingue… Boogaloo Up Bord du Lac… qu’en est-il de cette chanson?

BR: Boogaloo Up Bord Du Lac was written by Michel Dugas. The song was used as a music bed for radio commercials and promos. It was written about a residence at 2401 Chemin Bord Du Lac, Ile Bizard (demolished in the late 70's). We rehearsed there for years in a small room, with an old cast iron stove to keep sort of warm in the winter. Our old 1961 Ford Econoline van parked in the front and across the street was a wooden Bell pay phone, which was our official office... back then pay phones could actually receive calls, so when a booking came in, I would run across the road from 2401 and answer the phone... (of course today no one would know what a pay phone was).


The tune reflected a tough lifestyle, there was an old rock/stone fence across the street on a property bordered by 1iere Ave and Bord Du Lac, where the" young ladies" would sit and listen to us play. It was a very different time in Québec... the "pill" was introduced around 68/69. 

Brian Redmond & The Sound Box - Boogaloo Up Bord du lac

What went in that house would scare most people... a crazy time... QPP/army raids looking for Paul Rose during the tough times... gangsters following us home from some club in downtown Montréal to try and steal our pay... guns... parties... etc… etc... So this tune which was a flip side, did have a story.


Donc, au sommet de leur succès, The Sound Box ouvrent pour Andy Kim et Gary Puckett & The Union Gap à l’aréna Paul Sauvé de Montréal. Des souvenirs?

BR: 7500 screaming kids, it was surreal for a group of 18-19 year old musicians, not the Forum, but quite a night for us. I will remember forever meeting Gary Puckett in a dressing room. He was really a nice guy, they were in the middle of selling millions of hits... and Gary was an amazing guitarist, despite fronting the Union Gap. A tough start for Andy Kim as his band left him hanging with a musical screw-up... they had to stop.. .BUT he was a real "Pro"... restarted the song and was fine... in those days you would be deaf at the end of the night... it was a thrill for us... a group of kids in a Garage Band to open for two artists that went on to sell....."millions and millions" of records as the 70's hit us.

Today whenever Sugar Sugar is requested (osti!) for a cake cutting, I just smile... Archies, Andy Kim, Gary Puckett... a moment in time wayyyyyy back in the day.


Hiver 1970, The Sound Box se métamorphose. La formation change de nom et devient Marble Hall. Ils enregistrent leur troisième 45 tours en carrière, premier sous cet appellation. Cette fois, c’est la compagnie Aquarius, alors en pleine expansion, qui lance ce simple. Et c’est une autre compagnie appelée à exploser quelques années plus tard, qui s’occupe de la promotion : Donald K. Donald. Le groupe a toutes les chances de son bord! 

Leur excellente chanson rock psychédélique Get Your Thing Together, écrite et composée par le réputé producteur Martin Martin (Marty Hill), et réalisée par Hank Squires (qui avait aussi travaillé avec The Haunted) culmine au #5 du palmarès de CFOX à Montréal (le 10 avril 1970), au #1 dans les maritimes et connaît un succès intéressants sur les ondes radio dans le reste du Canada.Visitez le blogue Garage Hangover pour en savoir plus sur cette chanson. En face B, se trouvait la chanson Marble Hall, aussi écrite et composée par Martin Martin. Je l'ajouterai à l'entrée plu tard, ainsi qu'une photo du 45 tours en question.

Marble Hall - Get Your Thing Together

M. Redmond se souvient de l’enregistrement :
BR: To my best recollection, Phil Vyvial, played guitar and did back up vocals with radio CFOX DJ Bill Lowell. Michel Dugas also on guitar... Bill and Phil really should have done the lead vocal, they were excellent... however I sang it and did the drum track with a very weird sound which we thought was cool... (it wasn't ) but kids liked it... we recorded it in a studio in the Cote-Des-Neiges area of Montreal.

Après l’aventure Marble Hall, Brian Redmond demeure avec la même équipe de production composée de Martin Martin (Marty Hill) et Hank Squires. Il lance un premier 45 tours solo en 1972, comprenant une bombe psychédélique, la chanson Imagine, écrite et composée par Martin Martin. Ce dernier avait lui-même enregistré la chanson Imagine sous son propre nom, en plus de la faire enregistrer en français un certain Valjean - c'est mon collègue Sébastien Desrosiers de Patrimoine PQ/Mondo PQ qui me l'a fait découvrir -, sur qui je n’ai retracé aucune information. Brian Redmond, aka Mashiya, en livre lui aussi une excellente version.


BR : "Imagine" was recorded by Brian Redmond in 1972 on London M.216 and then again appeared on the flip side of a song called "Chimbombay" recorded by "Mashiya" (Brian Redmond) again in 1972 both produced by Hank Squires and actually Jim Bentley was also the Executive producer. Phil Vyvial arranged "Chimbombay".

Mashiya - Imagine






Étonnement, M. Redmond se trouve un nouveau pseudonyme. C’est sous le nom Mashiya qu’il sera connu à partir de 1972 environ. Mashiya signifie « The Runner », probablement en langue africaine, parlée en Afrique du Sud. Je suppose que l’influence du réalisateur Hank Squires, lui-même d’origine sud africaine, ait un rôle à jouer dans le choix de ce nom. Le premier simple de Mashiya comporte justement une chanson au titre à consonance africaine : Chimbombay.





M. Redmond se souvient de ce disque :
BR : It was a studio effort which received excellent air play in actually Adult Contemporary markets... CJAD played it a lot when they actually played some music in the morning show with the late George Balcan.


Mashiya - Chimbombay





Un second 45 tours de Mashiya est aussi lancé en 1972. Cette fois, c'est avec la participation d'un obscur partenaire nommé Shaka que ce disque est lancé. En face A, on y retrouve une nouvelle version de Chimbombay, cette intitulée Chimbombay, amène moi et chantée en français.

Shaka - Chimbombay, amène moi







En face B, on retrouve une petite bombe de funk rock, intitulée Penser. Cette chanson est probablement le trésor le mieux caché de toute la carrière de M. Redmond. Mais quelle bombe! Ça groove, ça arrache, ça tombe pile dans mes cordes. Une autre composition de Brian Redmond réalisée par Hank Squires et produite par Martin Martin. Quel trio!

Shaka et Mashiya - Penser (extrait)








L'aventure Mashiya sonne le glas de la carrière musicale de Brian Redmond. Il continuera à jouer dans différents groupes de covers à succès, jusqu'à ce qu'il décide de se tourner vers le rôle de DJ, à la fin des années 70, avec l'arrivée du disco. Dans les années 80, son entreprise comptait jusqu'à 9 DJs employés! Aujourd'hui, M. Redmond est le seul à spinner des disques derrière ses wheels of steel. Il y a quelques années, M. Redmond s'est remarié avec son nouvel amour, Malou. Visitez le site de l'entreprise de Brian Redmond ici.

En guise de conclusion, une pensée de M. Redmond:

BR: Most of the musicians in the West Island of Montréal back in the 60's came from middle class modesty. We barely had time to learn our craft well. A few on the english side went on to do better places, April Wine had great success and some others.

For most of us, we rocked and rolled so to speak for up to a decade and then had to move in another direction. The memories are vivid, even today. The club business was brutal. Recording back then was a challenge to say the least. We would put together whatever money we could find and at least get into a professional studio, but all would be done in 3 hours. Maybe, 3-4 mics and 4 track tape, that was it.

I would knock on radio station doors with 45's in hand and try and secure a little airplay. We had nothing to lose, not iTunes believe me. One could not survive this lifestyle for long, it was fun but crazy. Sadly the old tapes of many english groups who appeared on CFCF tv were destroyed.

We would haul in our equipment and do these tv shows live, then go to a gig which could be miles away in second hand vans that started when they choose to.

There came a moment when I personally realized that it was time to retire and have not looked back since, great memories, but to have continued, more talent that I possessed would have been needed....what a blast though. Did my best to leave a very humble mark.

Un énorme merci à M. Brian Redmond qui a accepté de partager ses souvenirs et ses archives avec nous.
A huge thank you to Mr. Redmond who kindly accepted to share his archives and memories with us.

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