07/06/2013
Pierre LeBon - Gros oiseau
Connu pour avoir été accompagné par l'orchestre au nom mytique "Les Séparatiwsts", Pierre LeBon faisait acroire au monde, dans le temps, qu'il était passé au Ed Sullivan Show.
Il n'a jamais rien fait de fou raide.
Sauf ça. C'est FOU RAIDE.
La pire version de tous les temps de Surfin' Bird, classique des Trashmen.
Et c'est, par le fait même, une compétitrice au titre de chanson la plus retardée de tous les temps. Dans le peloton de tête avec Le chat du groupe Les Copains.
J'adore ce genre de trucs-là.
Et ce disque est extrêmement r-a-r-e.
Gros oiseau, c't'un mot.
Need I say more?
03/06/2013
Jocelyne Pascal - Buzz Buzz / Quand je chante
Faisait longtemps que je ne m'étais pas claqué un petit post simplement pour le plaisir de le faire, tsé, pour partager les tounes d'un seul 45 tours. Ben voilà.
Celui-là, c'est JB Duvignaud, collectionneur et DJ de Québec qui me l'a fait découvrir, merci JB!
Voici un charmant 45 tours de Jazz à go-go et de pop à la Mod par Jocelyne Pascal.
La face A, Buzz Buzz (que vous pouvez écouter plus haut) est une reprise de la chanson bossa-nova The Telephone Song d'Astrud Gilberto et Stan Getz. C'est chaud, ça groove bien, ça se rapproche de certains morceaux jazzés et coquins de France Gall.
Sur la face B, on retrouve Quand je chante, une reprise encore non-compilée et peu connue de The In-Crowd de Dobie Gray, hymne mod bien connu. Pascal y donne une touche légère et envoûtante. La version de Nicole Lord, C'est le go-go, vient de se trouver une solide compétitrice.
Voici l'originale.
Aux arrangements sur les deux morceaux de Jocelyne Pascal, on retrouve Jerry de Villiers qui, vers la même époque, signait d'excellents disques jazz, en plus d'accompagner et de faire les arrangements pour plusieurs artistes.
Jocelyne Pascal est une chanteuse yéyé dont on retrouve régulièrement les disques. J'avais été attiré par ses 45 tours notamment pour le fait qu'elle parle de la "condition" Noire au Québec sur deux de ses enregistrements: Parce que tu es noir et Un homme à la peau noire. On aurait été en droit de s'attendre à du rythmn and blues là-dessus, mais ça demeurait tout de même assez pop. Son tout premier disque, Docteur, est une excellente reprise de Fever. À découvrir si vous aimez son style Swingin' Mademoiselle!
Jocelyne Pascal, si vous lisez ceci, nous aimerions vous parler! Contactez-nous ici.
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Here's Jocelyne Pascal's yet unknown and uncomped jazz à go-go and modish tunes Buzz Buzz (cover of Getz/Gilberto's The Telephone song) and Quand je chante (cover of Dobie Gray's mod clasic The In-Crowd). Sweeeeet stuff.
23/04/2013
Rap aléatoire Qc: Disco-Piu, Brise-Dance et Watat-Beat
Voici le volume 5 des compilations de Vente de garage. Rap aléatoire Qc: Disco-Piu, Brise-Danse et Watat-Beat (1980-1991).
L'histoire des débuts du rap/hip-hop québécois est écrite tout croche. Lucien Francoeur et RBO ne sont pas les premiers à avoir fait du rap, encore moins à avoir fait du "hip-hop", puisque ces artistes ne venaient carrément pas du milieu et de la culture. Pour plusieurs, certains succès tels que Stop ou encore de Plastic Bertrand (Belgique, 1980) ou, au Québec, As-tu du feu (Beurre de peanut) de Bill (1982), étaient des tentatives de rap. Si tel était le cas, on vient déjà d'éliminer l'hypothèse Francoeur/RBO.
Éventuellement, il faudra rendre à MC Flight, Butcher T, Mike Williams, Andrew Carr, Chuck Ice, Blondie B, Freaky D, DJ 007 ainsi qu'à des dizaines d'autres, le mérite de pionniers de la scène hip-hop montréalaise qui leur revient. Leur histoire doit être racontée au grand public. D'ici là, voici Rap aléatoire Qc: Disco-Piu, Brise-Danse et Watat-Beat qui regroupe des trucs obscurs, weirds, wack ou cool qui approchent du rap ou découlent du hip-hop, made in Qc, entre 1980 et 1991, question de prouver qu'il y avait bel et bien une tendance et des tentatives rap à Montréal, même en français, avant 1990, année charnière ou MRF est arrivé.
Écoute la compilation ici:
Track list:
1 - Gotta take you higher - O'Bey & Rythym Section Montréal Rock (1983)
Possiblement la première tentative de hip-hop issue de la culture... notre Rapper's delight?
2 - Wouch, wouch - Christian Lalancette (1980)
Disco-rap écrit par Denise Filiatrault interprété par André Montmorency, icône gay québécois, dans le rôle de son personnage Christian Lalancette de l'émission de télé Chez Denise.
3 - C'est bon ça - Rock & Guy (1980)
Aucune info sur ce duo, même la date est à confirmer. Outre le beat disco à la "Another one bites the dust", y'a une tentative de rap au 2/3 de la chanson.
4 - Hi-Fi - JF Williams (1984)
Véritable identité de Bill, responsable du succès As-tu du feu (Beurre de peanut), en 1982, pionnier du rap d'ici, malgré tout. Hi-Fi est un rip-off de Doing it to death des JB's, boogie funk tueur.
5 - Nite life - Peter King (1983)
Chanson thème d'une émission locale sur le Night life montréalais, Peter King était l'animateur. Son flow, s'il en est un, est wack. The night life scene can be really mean.
6 - Shake your pants (Break dance) - Johnny Shaka (1984)
Originaire du Ghana, Johnny Shaka arrive au Québec avec ses frères au milieu des années 70 et monte une troupe de musique et de danse. En 1984, il fait du break dance. Cette track est folle.
7 - Mon coeur fait du break dance - Wezo (1984)
Aucune info sur cet artiste qui lance ce 45 tours sur l'étiquette RV appartenant au gérant de Roch Voisine, Paul "Ti-Polo" Vincent.
8 - Break dance - Kevin Morane (1984)
Ce Belge a enregistré ce petit bijoux electro/boogie/funk en français et l'a commercialisé au Canada, en Belgique et en Allemagne. Ça valait la peine de l'inclure. Fresh.
9 - Monaco - Pogo (1984)
Aucune info sur ce groupe électro-pop-rap.
10 - CKGM Demo - Blondie B (1984)
Blondie B rappait en français, en anglais et en russe, en 1984. Elle a enregistré ce démo dans les studios de CKGM où Mike Williams animait la première émission de radio hip-hop à Montréal. Preuve d'une présence francophone tôt dans la scène hip-hop de MTL, plus tôt que ce que l'histoire généralement admise raconte.
11 - The rappin' Rabbi - Rabbi Sid (1984)
Solide track d'électro rap ajoutant même un extrait de musique foklorique juive. Il s'agit d'une parodie produite par des membres de la communauté juive de Montréal. Too cool for synagogue.
12 - Whole lotta rap - Silent Noise (1986)
Track produite en 1986 par Mario T., qui allait devenir MC Mario. Boom.
13 - Beep rap - Freaky D (1986)
Elle faisait partie de la vraie scène hip-hop montréalaise et c'est probablement le tout premier vrai disque (single) enregistré par quelqu'un issu directement de cette scène. Vulgaire, cru, électro.
14 - Frenglish rap - Sebastien D (1991)
Dans la foulée du "succès" du Boyfriend (Rappeur chic, je rappe en français), Manuel Tadros (producteur de la chanson et père de Xavier Dolan) produit 2-3 autres artistes qui se retrouvent sur la compilation Je rap en français Vol. 1, en 1991. Cette chanson préfigure de manière bien maladroite le "franglais street slang" de Sans Pression.
15 - Danse, lucie, danse - Malcolm Z (1990)
Version rap tirée de la face francophone d'un single hip-house montréalais datant de 1990. Ça rush un peu, mais c'est ça qui est ça.
16 - Hidden classic track.
Un gros merci à Simon du blogue Psyquébélique et au collectionneur émérite Alex Taylor pour leurs cues et infos.
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04/03/2013
O'Bey & Rythym Section Montréal Rock - Gotta take you higher
Voici, probablement, le premier enregistrement rap de l'histoire du Québec. Cet article vient complémenter la chronique sur le "early rap montréalais" diffusée à Bande à part le 1er mars dernier.
Ces temps-ci, mes recherches sont orientées vers le funk, disco et les débuts du rap au Québec. Voici un disque qui rassemble tous ces éléments. On sait que le rap moderne a connu ses premiers moments de popularité accompagné par des sonorités disco, notamment chez Sugarhill Gang et Afrika Bambaata, pour ne nommer qu'eux. Mais y a-t-il eu un écho québécois au disco-rap? Semble que oui. O'Bey & Rythym Section Montréal Rock nous ont donné un disque unique en son genre avec une seule chanson: Gotta take you higher. Et quelle chanson! Un bijoux de disco funk!
Malgré qu'aucune date ne soit mentionnée sur l'étiquette même, j'estime la sortie de ce disque à 1980, considérant le son du disque, son étiquette et le contexte général de la popularisation du disco-rap. Mais je peux être complètement à côté de la track.
Côté musique, le beat est assuré par l'obscur orchestre Rythym Section Montréal Rock. Le résultat est franchement excellent: disco-funk, avec une touche d'effets sonores spatiaux. C'est d'ailleurs pourquoi mon collègue Simon Leclerc du blogue Psyquébélique a inclus la face B de ce disque, version instrumentale, sur son excellente compilation Disco spatial Québec 1976-1984. Je ne saurais trop vous recommander de télécharger cette compilation.
Côté voix, ou paroles, on a une chanteuse qui nous donne le refrain dès le départ, puis un MC non-identifié (O'Bey?) qui débarque sans avertissement avec un rap sur le flow classique de l'époque. Très old school et c'est parfait comme ça. Fait intéressant, le rappeur en question semble francophone. Son accent et certaines tournures de phrases peuvent nous le laisser penser.
Quoi qu'il en soit, ce disque pourrait bien être la toute première tentative de rap ou de hip-hop enregistrée sur disque au Québec. On retrouve peut-être Christian Lalancette (alias André Montmorency) sur un disque novelty en 1979, mais la démarche d'O'Bey et Rythym Section Montréal Rock semble authentiquement hip-hop.
Qui est O'Bey? Qui faisait partie de Rythym Section Montréal Rock? Quelle année ce disque a-t-il été lancé? Si vous avez participé de près ou de loin à ce disque ou encore si vous possédez des informations complémentaires, svp, écrivez-nous!
***
This may very well be Québec's very first rap recording. O'Bey & Rythym Section Montréal Rock may have recorded this disco-rap funky gem somewhere around 1980. They launched it on the small Kebec Star label. The music and lyrics are pure genius all over. We are desperatly looking for infos or contacts to know more about O'Bey and the Rythym Section Montreal Rock. If you know them, know where to find, have more infos on this recording or if you actually are one of them, please get in touch.
11/02/2013
The Miller Sisters - Quebec Soul #5
Pour céléber le mois de l'histoire des noires 2013, je vous propose un des 45 tours les plus crus et authentiques enregistré par un groupe noir au Québec, au cours des années 60.
Elles ne sont pourtant pas du Québec, mais elles ont enregistré ici. Le groupe soul/r'n'b The Miller Sisters est originaire de Long Island, New York. Selon quelques infos glanées sur le web, Maxine, Vernel, Hedy, Jeannette et Sandy Miller avaient pour père William Miller, représentant en recherche et développement pour plusieurs petits labels soul américains. Entre 1955 et 1965, elles auraient lancé plus d'une vingtaine de 45 tours, dont celui qui nous occupe aujourd'hui, paru sur l'étiquette canadienne Capri (The Jades, Alan Mills, Ginette Sage, etc.), en 1962. Attention de ne pas les confondre avec les autres Miller Sisters qui ont notamment enregistré pour Sun records.
Jusqu'à tout récemment, je m'expliquais assez mal pourquoi ce groupe américain avait enregistré un 45 tours au Canada. Quand je suis tombé sur la publicité que vous pouvez voir plus haut (parue dans The Gazette), tout s'est expliqué. En 1962, The Miller Sisters ont été engagées pour une série de concerts au mythique Esquire Show Bar de Montréal, haut lieu du soul, rhythm and blues et des musiques noires en général dans la métropole à cette époque. Le propriétaire des disques Capri (à être identifié) les auraient fort probablement découvertes à cette occasion et les auraient invitées à une session d'enregistrement.
Fait intéressant, le groupe The Jades, formé à Rouyn-Noranda par un quatuor formé d'Ontariens et d'Abitibiens, se produisait en première partie des Miller Sisters lors de cette même série de concerts et ont également lancé un 45 tours pour l'étiquette Capri, en 1962. The Jades étaient alors de véritables habitués de l'Esquire Show Bar. Leur répertoire soul, jazz et rhythm and blues était très en demande jusqu'aux États-Unis où ils ont tourné abondamment au milieu des années 60. Quelques membres de The Jades, dont John Ranger, Billy Ledster et Don Carpentier deviennent ensuite les fondateurs du groupe Illustration, l'orchestre même qui enregistrera la mythique trame sonore funk du film Après Ski.
Mais revenons aux Miller Sisters. Elle chantaient, mais ne jouaient pas d'instruments. L'orchestre qui les accompagnaient sur scène et sur disque, à cette époque, était celui de Big Joe Burrel, une véritable légende du blues dans la localité frontalière de Burlington, au Vermont. Au début de sa carrière, Burrell a accompagné B.B. King. Il a également accompagné le Miller Sisters durant plusieurs années, notamment sur des tournées qui les ont amenés jusqu'au Bahamas.
En tournée au Québec, The Miller Sisters et Big Joe Burrel ont ensemble enregistré un 45 tours de raw soul/r'n'b comme on en a rarement entendu ici!
Cooncha porte un titre étrange. Que elle est la signification de ce terme? Selon le "Urban dictionnary", ça aurait une connotation sexuelle. Une simple déduction peut aussi nous laisser croire que ce fut le féminin de "coon", insulte suprême qui pouvait être adressée à un noir américain à une certaine époque. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de terminologie slang extrêmement crue, à l'image de la musique qui l'accompagne. Après un départ en douceur, l'énergie rhythm and blues des Miller Sisters explose et c'est une voix rauque et puissante qui met le feu aux poudres. L'orgue électrique appuie le tout et les arrangements de Big Joe Burrel donnent au morceau un feeling rugueux, capté sur le vif, d'une authenticité rare. Avec les cris lancés à gauche à droite par les Miller Sisters, on a presque l'impression d'être à leur concert, ou dans un gros party. En 1964, Cooncha sera d'ailleurs réutilisée sur un autre 45 tours, en édition américaine, des Miller Sisters.
Hey you prend une couleur d'autant plus obscure, menée encore une fois par la voix particulièrement rauque d'une des soeurs, sur une mélodie mystérieuse, qui se développe en refrain pop rhythm and blues. Et ce son, semble qu'on le doive au père des soeurs Miller, crédité "Pop Miller" sur le 45 tours. Très peu d'enregistrements réalisés au Québec capturent avec autant d'authenticité l'âme sauvage et gritty du rhythm and blues comme la chanson Hey you le fait. Imaginez un concert des Miller Sisters à l'Esquire Show Bar!
Elles sont d'ailleurs retournées jouer à l'Esquire pour une autre série de concert en 1964. Étaient-elles des habituées? Une chose est certaine, Big Joe Burrell, pour sa part, s'est relocalisé à Toronto à peu près à cette époque, se joignant à l'orchestre de Big John Little and The Hot Toddies (aka The Beetlers), un groupe dont il faudra reparler à Vente de garage, puisqu'ils ont également lancé un album fort intéressant au Québec. Big Joe Burrell s'établira ensuite comme légende du blues au Vermont avec son groupe The Unknown Blues Band.
Si vous en savez plus à propos des Miller Sisters ou savez ce qu'elles sont devenues, écrivez-nous!
Le son des Miller Sisters s'est raffiné au cours des années 60, se développant en Northern Soul avec l'excellent morceau I'm telling it like it is, en 1965.
Elles sont d'ailleurs retournées jouer à l'Esquire pour une autre série de concert en 1964. Étaient-elles des habituées? Une chose est certaine, Big Joe Burrell, pour sa part, s'est relocalisé à Toronto à peu près à cette époque, se joignant à l'orchestre de Big John Little and The Hot Toddies (aka The Beetlers), un groupe dont il faudra reparler à Vente de garage, puisqu'ils ont également lancé un album fort intéressant au Québec. Big Joe Burrell s'établira ensuite comme légende du blues au Vermont avec son groupe The Unknown Blues Band.
Si vous en savez plus à propos des Miller Sisters ou savez ce qu'elles sont devenues, écrivez-nous!
Le son des Miller Sisters s'est raffiné au cours des années 60, se développant en Northern Soul avec l'excellent morceau I'm telling it like it is, en 1965.
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The Miller Sisters weren't from Quebec. They actually were from Long Island, New York. But, in 1962, right after playing a string of shows at the legendary Esquire Show Bar in Montreal, local home of soul/r'n'b and all black music, they recorded here a raw r'n'b 45 which was launched on the local Capri label. Their songs "Cooncha" and "Hey you" showed Quebec a wild gritty sound that was unheard of around here. They were backed by Big Joe Burrell's band. Burrell is a true blues legend in Burlington, Vermont. After playing with the Miller Sisters, he joined Big John Little's band The Hot Toddies in Toronto. The Miller Sisters launched more than 20 singles betwen 1955 and 1965. They may not be from Quebec, but the songs they recorded here represent a unique moment of true soul authenticity thrown in a music scene that was all too clean and white. If you know more about The Miller Sisters or now what they've become or how to reach them, please write us.
27/01/2013
François Carel - Québec Soul #4
Québec Soul #4 - François Carel
Mise à jour - Grâce à l'article que vous vous apprêtez à lire, maintenant mis à jour, mais paru à l'origine en décembre 2012, François Carel s'est manifesté auprès de Vente de garage, mais également auprès de Mondo PQ et Psyquébélique, afin de sortir de l'ombre, après 40 ans de mutisme à propos de sa carrière sur disque. C'est donc un honneur et privilège de pouvoir vous fournir ici une biographie et discographie aussi complète que possible de l'oeuvre d'un des génies oubliés de la musique québécoise, spécialiste du soul, jazz et rythmn and blues. Cet article met donc en lumière la discographie complète de François Carel, en tant qu'artiste, ainsi qu'une sélection impressionnante démontrant la variété et la qualité de ses productions musicales.
Un génie oublié
Quoi que certains de ses disques soient bien en vue sur le radar des collectionneurs, François Carel demeure relativement sous-estimé ou, à tout le moins, méconnu. S'il fut UN génie du rythmn and blues au Québec, au cours des années 60, c'est bien lui. François Carel fut, en quelques sortes, le Ramsey Lewis du Québec, sa production alliant jazz, rythmn and blues et adaptations populaires.
Il fut tour à tour (ou tout à la fois) auteur, compositeur, interprète, claviériste, arrangeur, réalisateur et directeur artistique. Le son de François Carel se distingue facilement soit par son orgue parfois dissonant, voir agressif, soit par son piano très jazzé. Ses arrangements reviennent souvent à un rythme syncopé, jerk ou jazz-à-gogo. En d'autres mots, s'il est un compositeur Mod au Québec, c'est assurément lui (un article de 1967 mentionne d'ailleurs qu'il s'habillait très "London style"). François Carel composait pour lui-même et pour les autres. Et la qualité de ses compositions est surprenante.
Les années de formation
Né d'un père saxophoniste et d'une mère pianiste autodidacte habitant le quartier du Faubourg à Mélasse, anciennement situé dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, Raymond St-Jean de son vrai nom voit le jour en avril 1946. Dès l'âge de 5 ans, il prend des cours d'accordéon. Dès lors, il se produit dans des concours amateurs et remporte régulièrement des honneurs. Vers l'âge de 10 ans, il est au centre du Trio Ray Jean, avec qui il remplit des engagements dans les mariages et autres fêtes. C'est de manière autodidacte qu'il apprend le piano et l'orgue. Il lui est notamment permis de pratiquer l'orgue à l'Église de son quartier. Son trio évolue en quintet et son répertoire évolue au cours de son adolescence, alors qu'il est engagé dans certains cabarets de la Métropole, toujours sous la supervision de ses parents qui l'accompagne, puisqu'il n'a pas l'âge de fréquenter ce genre d'établissement. Au début des années 60, il part pour Boston où il étudie en musique à Berklee. En 1965, de retour au Québec, il lance son premier disque sur étiquette Tournesol. Il n'avait alors que 16 ans et était membre du groupe Les Maniboulas.
Son premier disque à saveur pop Chante Heigh Ho / Ne me dis pas, lancé en 1965, est fort oubliable. Par contre, son second effort comprend la composition originale Tu étais trop jolie sur laquelle on commence à déceler le ton et la signature uptempo de François Carel. C'était en 1966.
Quelque part entre 1965 et 1966, il se joint au groupe Les Monstres, de Marc Hamilton. Déguisé en fantôme de l'opéra, il ajoute de l'orgue Farfisa au son des Monstres.À droite: Les Monstres; François Carel et Marc Hamilton en concert en 1966, derrière l'orgue Farfisa de Carel.
François Carel, le chanteur
En 1967, agé d'à peine 20 ans, François Carel entame une série de cinq 45 tours lancés de suite sur étiquette Carrousel. Il s'agit du sommet de sa création. Il les enregistre tous avec un groupe qu'il nomme "ses amis". Ces "amis" sont en fait Bill Gagnon, bassiste émérite qui jouera plus tard avec Robert Charlebois et deviendra éventuellement un membre du noyau central de Ville-Émard Blues Band, ainsi que Bill Léger, à la batterie. Pierre Laurendeau complétait le groupe, en quelques sortes, en tant que producteur. Le guitariste du groupe changeait régulièrement. Ainsi, un jeune Michel Robidoux (notamment guitariste de l'Osstidcho) puis Red Mitchell (qui jouera plus tard entre autres avec Diane Dufresne), passent par les rangs de l'orchestre de François Carel.
Essentiellement, François Carel et ses amis étaient un trio rythmn and blues, exactement comme le Ramsey Lewis Trio l'était. Parmi ses influences, Carel cite Jimmy Smith et Brother Jack McDuff, mais il mentionne le Ramsey Lewis Trio fut sa plus forte influence pour ses chansons Montréal '67 et Ya ba da ba dou.

Dès son premier 45 tours lancé sur étiquette Carrousel, Carel démontre tout son génie avec un morceau instrumental jazz/rythmn and blues d'une rare qualité, dédié à l'Expo '67, Montréal '67. Ici, il démontre toute sa dextérité et son inventivité en tant que pianiste, proposant une composition résolument moderne et rafraîchissante, inspirée par des sons venus d'ailleurs, à l'image même de l'exposition universelle que Montréal s'apprêtait à recevoir. La barre est haute pour la suite.

Sa face B, Ya ba da ba dou, dont le titre fait référence au fameux cri de joie de Fred Cailloux dans l'émission Les Pierrafeu, se voulait également une dédicace à un animateur de radio de Montréal qui avait pour habitude de crier "Ya ba da ba dou" en ondes. Côté musique, on se retrouve dans le même ton jazzé et rythmn and blues de Montréal '67. À vrai dire, la face B aurait tout simplement pu être identifiée comme la continuité ou la "Part 2" de Montréal '67, et on n'y aurait vu que du feu. Encore une fois, du génie.

Puis vient le 45 tours incluant Je t'en prie Marie et Je me fous de tout. Selon les souvenirs de François Carel, il s'agirait du premier 45 tours qu'il aurait enregistré pour Carrousel. Peut-être a-t-il été lancé avec un délai? Je t'en prie Marie est un bon morceau de rythmn and blues avec une touche Mod. Selon M. Carel, la chanson s'est retrouvée au #1 de la station CJMS de Montréal durant quelques semaines.

Sur l'autre face, Je me fous de tout présente un rythme upbeat ravageur et des cris stridents clairement influencés James Brown. Il s'agit probablement d'un de ses morceaux les plus sous-estimés. Il s'agit d'un autre sommet dans l'oeuvre de François Carel en tant que chanteur. Ce 45 tours est relativement courant, probablement dû au fait qu'il s'est installé au sommet du palmarès de CJMS, et se vend pour des sommes fort raisonnables. Fortement recommandé.

Carel commet ensuite le disque qui lui a valu une certaine reconnaissance internationale, il y a quelques années, puisque sa face B, Je suis fou, fut compilée sur Québec dans le vent Vol. 1. Et quelle chanson. Je suis fou présente des sonorités de clavier à tendance dissonantes uniques chez François Carel. Le rythme schizophrène oscillant entre jerk et rythmn and blues appuie clairement le propos de la chanson. Une telle audace et un tel anti-conformisme musical, présentés avec autant de génie, n'avaient probablement jamais été entendu à ce moment, au Québec. Malheureusement, ce disque demeure son plus rare.

Sa face A, Cécile, est un peu moins audacieuse.

Le dernier 45 tours que François Carel lance en 1967 comporte une excellente reprise de Papa's got a brand new bag de James Brown qui devient, en français, Papa dit que j'ai la rage... quel titre! Et le résultat n'est pas à négliger. Il s'agit d'une des meilleurs adaptations de chanson de James Brown qui ait été enregistrée au Québec. François Carel y ajoute sa touche de clavier dissonant avec une voix rocailleuse et le résultat est solide.
Intéressant à mentionner, cet enregistrement a été récupéré dans son intégralité et placé sur un album du chanteur yéyé Serges Turbide, lui attribuant ainsi l'interprétation. François Carel affirme que Turbide n'a pas contribué et n'était pas présent lors de l'enregistrement de cette chanson. Papa dit que j'ai la rage s'est également vue reprise au cours des années 80 par le groupe new wave québécois Ralph et Les Baronics.
Intéressant à mentionner, cet enregistrement a été récupéré dans son intégralité et placé sur un album du chanteur yéyé Serges Turbide, lui attribuant ainsi l'interprétation. François Carel affirme que Turbide n'a pas contribué et n'était pas présent lors de l'enregistrement de cette chanson. Papa dit que j'ai la rage s'est également vue reprise au cours des années 80 par le groupe new wave québécois Ralph et Les Baronics.

Sa face B, Personne,donne dans le rythmn and blues avec un rythme plus générique.

En 1968, Carel lance son dernier disque en tant que chanteur sur étiquette Carrousel. Dansez, dansez sera sa dernière contribution en tant qu'artiste au répertoire soul et rythmn and blues du Québec. Mais il s'agit, encore une fois, d'un excellent morceau, d'une rare qualité. Si on compare cette chanson avec la production musicale moyenne au Québec, il demeure nettement au-dessus de la mêlée.

Tu es partie, une ballade sommes toutes intéressante, se retrouve en face B.
En 1969, François Carel lance un 45 tours sur étiquette Vedettes avec une facture beaucoup plus pop et moins originale. La chanson Les Balançoires connaîtra tout de même un certain succès et lui permettra un passage à la télévision qu'on peut aujourd'hui voir sur youtube.
Il lance un autre 45 tours en 1970 sur étiquette Succès du jour, mais il s'agit effectivement de simples reprises de succès du moment. D'ailleurs, Carel lance deux albums 33 tours, vers 1968, comprenant uniquement des reprises instrumentales de succès de l'heure menées par son piano ou son orgue. Rien de très original ici, mais l'histoire de ces deux disques jumeaux reste très intéressante. Vous pouvez la lire sur Psyquébélique.
François Carel, l'homme de studio
En tant que compositeur, arrangeur et réalisateur, François Carel a commis des 45 tours sans pareil, tous teintés de sa touche rythmn and blues unique et souvent de son style de piano/orgue unique. Il a d'ailleurs travaillé avec un nombre impressionnant de compagnie de disques: Carrousel, Playboy, Trans-Canada, Vedettes, RCA, Révolution, Cansusa, Jupiter, Chart On et Sonore.
De 1967 à 1970, il se joint même à l'orchestre de Pierre Nolès, populaire arrangeur et compositeur québécois. À vrai dire, Pierre Nolès est derrière des dizaines, voire des centaines, de disques lancés au Québec au cours des années 50 à 70. François Carel apparaît donc de manière complètement anonyme sur plusieurs enregistrements populaires de cette période.
Il se démarque également sur scène en tant que chef d'orchestre pour la tournée Musicorama et en tant que musicien sur la tournée Starovan. Il commence également à accompagner des artistes en concert. Ainsi, il accompagne Pierre Lalonde, Jenny Rock, Rosita Salvador et plusieurs autres.
Selon François Carel, entre 1967 et 1970, il aurait participé de près ou de loin à environ 80% de toute la production musicale populaire québécoise. C'est immense. Que ce chiffre soit exact ou non, on comprend qu'on commence à peine à comprendre l'ampleur de la production musicale de Carel, ainsi que l'importance qu'il a pu avoir dans la développement de notre musique.
Fait intéressant, Carel recrute régulièrement de jeunes musiciens qu'il amène en studio et pour qui il produit des 45 tours. Il se fait ainsi découvreur de talent.
Ses premières productions musicales semblent être lancées sur étiquette Playboy, autour de 1966. Écoutez Mondo PQ pour en découvrir quelques unes.
Ses réalisations pour l'étiquette Carrousel est la plus imposante. Du rythmn and blues, au garage cru, à la pop et au sweet soul, il démontre ici la variété de sa palette de création en tant qu'homme de studio. Il travaille entre autres avec Maxime (futur Jean Nichol), Serge Blouin, Marc Hamilton, Jules et Jim (futur Michel Stax), Gil Patrick et Les Mustangs, Gloria, André Jean, Samuel, etc. Écoutez le tout en suivant le lien suivant: François Carel chez Carrousel
Carel travaille également pour la mythique étiquette garage et psychédélique Sonore, avec les groupes Les Makadams, Les Héritiers (futurs membres d'Offenbach) et Les Gamines. Écoutez le tout en suivant le lien suivant: François Carel chez Sonore
Certaines des productions les plus surprenantes et étoffées de Carel se sont retrouvées sur des disques des étiquettes Trans-Canada. Il y fait un travail psychédélique avec Nycole (Martin) et Frédéric et ajoute sa touche de soul et de funk au catalogue de Michèle Richard et des Classels! Écoutez le tout en suivant le lien suivant: François Carel chez Trans-Canada
En entrevue, Carel nous apprenait également qu'il a travaillé auprès de Tony Roman, sur étiquette Canusa. Quoi que nous n'ayons pas encore retrouvé de 45 tours sur cette étiquette précise qui le mentionne dans les crédits (il faisait probablement partie d'un orchestre de studio anonyme), on sait toutefois qu'il réalise un 45 tours de la mystérieuse chanteuse Clara pour l'étiquette Révolution, de Tony Roman, autour de 1969. À écouter ici: François Carel chez Révolution
Le disque le plus fou et à la fois le meilleur que François Carel ait produit, à mon sens, est celui du tout aussi obscure Claude Delessep, réalisé pour le compte de la compagnie RCA. Groovy psychédélique, fuzz graisseux et paroles ti-popistes... Wow! On dirait presque Charlebois sous un pseudonyme! Écoutez ça en cliquant juste en dessous: François Carel chez RCA
Sa seconde carrière musicale
Au début des années 70, François Carel découvre l'industrie du piano-bar. D'abord invité au Saguenay-Lac-St-Jean, il se retrouve rapidement à remplacer Pierre Roche dans un grand hôtel de Québec, puis à s'impliquer corps et âme dans cette carrière. Il développe un concept incluant plusieurs synthétiseurs et claviers, lui permettant d'être un homme-orchestre moderne.
C'est au cours de cette période qu'il change son nom d'artiste. Il commence à se faire connaître sous le nom Jean-Françcois Carel. Il réalise d'ailleurs quelques disques sous ce nom, avec l'orthographe "Jan François". On le retrouve entre autres à la réalisation et composition du sulfureux morceau d'Éloïse L'amour avec toi et de la Neil Diamondesque chanson de Marc-Antoine, Ton sourire. Écoutez les productions musicale de François Carel, alias Jan-François
La Floride
Au début des années 80, Carel vend tout ce qu'il possède et part pour la Floride, accompagné de son seul clavier. Il évolue là-bas dans le monde du piano-bar durant plusieurs années, avant de revenir s'établir au Québec. De nos jours, il ne touche pratiquement plus au piano.
Un génie réhabilité
Cet article prouve donc que François Carel est un génie oublié de l'histoire du Québec. Un chaînon manquant de notre histoire musicale. Un musicien et homme de studio dont l'étendue de la production musicale demeure insoupçonnée et sous-estimé. C'est une immense fierté pour le blogue Vente de garage de contribuer à réhabiliter François Carel dans notre patrimoine musical. Je remercie également Alain Létourneau, qui a mis M. Carel au courant que nous le recherchions, ainsi que mes estimés collègues Sébastien Desrosiers, Mimi La Twisteuse et Simon Leclerc. Mais surtout, du fond du coeur, un énorme merci à M. François Carel qui a accepté de nous rencontrer et de nous livrer ses souvenirs, après toutes ces années de silence.
****
François Carel is one of Quebec's most obscure and underrated rythmn and blues geniuses. He could easily be described as Quebec's Ramsey Lewis for his jazzy piano à gogo, solid modish rythmns and popish jerk tunes. His Farfisa organ also is easily recognizable in his productions. He was a singer, songwriter, arranger and producer. Because of this article, Carel resurfaced and ended 40 years of silence about his career.
Starting in 1967, he launched a string of five killer 45s on the Carrousel label. He was 20 years old at that moment. From the highly Ramsey Lewis influenced Montreal '67 to his James Brown cover of Papa's got a brand new bag (Papa dit que j'ai la rage) and up to his weirdest/coolest composition Je suis fou, which was comped on Quebec dans le vent a few years back, he always had a great groove going with a unique touch. Make sure you listen to all of his 45s on Carrousel, even the B sides.
He also worked with tons of other artists, either as a composer, arranger or producer. Among them, Michèle Richard, Nycole et Frédéric, André Jean, Les Gamines, Les Makadams, Les Héritiers and Jimmy Bond, just to name a few. Some of these artists will soon be featured on Vente de garage's serie Québec Soul.
François Carel really is one of the unsung heroes of sixties music in Quebec. A true genius.
En tant que compositeur, arrangeur et réalisateur, François Carel a commis des 45 tours sans pareil, tous teintés de sa touche rythmn and blues unique et souvent de son style de piano/orgue unique. Il a d'ailleurs travaillé avec un nombre impressionnant de compagnie de disques: Carrousel, Playboy, Trans-Canada, Vedettes, RCA, Révolution, Cansusa, Jupiter, Chart On et Sonore.
De 1967 à 1970, il se joint même à l'orchestre de Pierre Nolès, populaire arrangeur et compositeur québécois. À vrai dire, Pierre Nolès est derrière des dizaines, voire des centaines, de disques lancés au Québec au cours des années 50 à 70. François Carel apparaît donc de manière complètement anonyme sur plusieurs enregistrements populaires de cette période.
Il se démarque également sur scène en tant que chef d'orchestre pour la tournée Musicorama et en tant que musicien sur la tournée Starovan. Il commence également à accompagner des artistes en concert. Ainsi, il accompagne Pierre Lalonde, Jenny Rock, Rosita Salvador et plusieurs autres.
Selon François Carel, entre 1967 et 1970, il aurait participé de près ou de loin à environ 80% de toute la production musicale populaire québécoise. C'est immense. Que ce chiffre soit exact ou non, on comprend qu'on commence à peine à comprendre l'ampleur de la production musicale de Carel, ainsi que l'importance qu'il a pu avoir dans la développement de notre musique.
Fait intéressant, Carel recrute régulièrement de jeunes musiciens qu'il amène en studio et pour qui il produit des 45 tours. Il se fait ainsi découvreur de talent.
Ses premières productions musicales semblent être lancées sur étiquette Playboy, autour de 1966. Écoutez Mondo PQ pour en découvrir quelques unes.
Ses réalisations pour l'étiquette Carrousel est la plus imposante. Du rythmn and blues, au garage cru, à la pop et au sweet soul, il démontre ici la variété de sa palette de création en tant qu'homme de studio. Il travaille entre autres avec Maxime (futur Jean Nichol), Serge Blouin, Marc Hamilton, Jules et Jim (futur Michel Stax), Gil Patrick et Les Mustangs, Gloria, André Jean, Samuel, etc. Écoutez le tout en suivant le lien suivant: François Carel chez Carrousel
Carel travaille également pour la mythique étiquette garage et psychédélique Sonore, avec les groupes Les Makadams, Les Héritiers (futurs membres d'Offenbach) et Les Gamines. Écoutez le tout en suivant le lien suivant: François Carel chez Sonore
Certaines des productions les plus surprenantes et étoffées de Carel se sont retrouvées sur des disques des étiquettes Trans-Canada. Il y fait un travail psychédélique avec Nycole (Martin) et Frédéric et ajoute sa touche de soul et de funk au catalogue de Michèle Richard et des Classels! Écoutez le tout en suivant le lien suivant: François Carel chez Trans-Canada
En entrevue, Carel nous apprenait également qu'il a travaillé auprès de Tony Roman, sur étiquette Canusa. Quoi que nous n'ayons pas encore retrouvé de 45 tours sur cette étiquette précise qui le mentionne dans les crédits (il faisait probablement partie d'un orchestre de studio anonyme), on sait toutefois qu'il réalise un 45 tours de la mystérieuse chanteuse Clara pour l'étiquette Révolution, de Tony Roman, autour de 1969. À écouter ici: François Carel chez Révolution
Le disque le plus fou et à la fois le meilleur que François Carel ait produit, à mon sens, est celui du tout aussi obscure Claude Delessep, réalisé pour le compte de la compagnie RCA. Groovy psychédélique, fuzz graisseux et paroles ti-popistes... Wow! On dirait presque Charlebois sous un pseudonyme! Écoutez ça en cliquant juste en dessous: François Carel chez RCA
Sa seconde carrière musicale
Au début des années 70, François Carel découvre l'industrie du piano-bar. D'abord invité au Saguenay-Lac-St-Jean, il se retrouve rapidement à remplacer Pierre Roche dans un grand hôtel de Québec, puis à s'impliquer corps et âme dans cette carrière. Il développe un concept incluant plusieurs synthétiseurs et claviers, lui permettant d'être un homme-orchestre moderne.
C'est au cours de cette période qu'il change son nom d'artiste. Il commence à se faire connaître sous le nom Jean-Françcois Carel. Il réalise d'ailleurs quelques disques sous ce nom, avec l'orthographe "Jan François". On le retrouve entre autres à la réalisation et composition du sulfureux morceau d'Éloïse L'amour avec toi et de la Neil Diamondesque chanson de Marc-Antoine, Ton sourire. Écoutez les productions musicale de François Carel, alias Jan-François
La Floride
Au début des années 80, Carel vend tout ce qu'il possède et part pour la Floride, accompagné de son seul clavier. Il évolue là-bas dans le monde du piano-bar durant plusieurs années, avant de revenir s'établir au Québec. De nos jours, il ne touche pratiquement plus au piano.
Un génie réhabilité
Cet article prouve donc que François Carel est un génie oublié de l'histoire du Québec. Un chaînon manquant de notre histoire musicale. Un musicien et homme de studio dont l'étendue de la production musicale demeure insoupçonnée et sous-estimé. C'est une immense fierté pour le blogue Vente de garage de contribuer à réhabiliter François Carel dans notre patrimoine musical. Je remercie également Alain Létourneau, qui a mis M. Carel au courant que nous le recherchions, ainsi que mes estimés collègues Sébastien Desrosiers, Mimi La Twisteuse et Simon Leclerc. Mais surtout, du fond du coeur, un énorme merci à M. François Carel qui a accepté de nous rencontrer et de nous livrer ses souvenirs, après toutes ces années de silence.
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François Carel is one of Quebec's most obscure and underrated rythmn and blues geniuses. He could easily be described as Quebec's Ramsey Lewis for his jazzy piano à gogo, solid modish rythmns and popish jerk tunes. His Farfisa organ also is easily recognizable in his productions. He was a singer, songwriter, arranger and producer. Because of this article, Carel resurfaced and ended 40 years of silence about his career.
Starting in 1967, he launched a string of five killer 45s on the Carrousel label. He was 20 years old at that moment. From the highly Ramsey Lewis influenced Montreal '67 to his James Brown cover of Papa's got a brand new bag (Papa dit que j'ai la rage) and up to his weirdest/coolest composition Je suis fou, which was comped on Quebec dans le vent a few years back, he always had a great groove going with a unique touch. Make sure you listen to all of his 45s on Carrousel, even the B sides.
He also worked with tons of other artists, either as a composer, arranger or producer. Among them, Michèle Richard, Nycole et Frédéric, André Jean, Les Gamines, Les Makadams, Les Héritiers and Jimmy Bond, just to name a few. Some of these artists will soon be featured on Vente de garage's serie Québec Soul.
François Carel really is one of the unsung heroes of sixties music in Quebec. A true genius.
François Carel chez Carrousel
Cet article fait partie d'une série à propos de François Carel. Lisez le tout ici.

Quelques temps après avoir enregistré sa chanson Je me fous de tout, Carel participe à l'enregistrement de la version française de Mustang Sally, enregistré par le mystérieux chanteur Maxime. Une rumeur circulait à l'effet que ce Maxime fut en fait un jeune Jean Nichol, futur vedette pop des années 70. La rumeur est confirmée par François Carel. Il s'agissait bel et bien de ce dernier, faisant une escale sous le pseudo Maxime, entre son aventure avec Les Commander's et sa carrière solo.
Sur Mustang Sally, on distingue facilement l'orgue de François Carel et son groove rythmne and blues. Cette version, à mon sens, surpasse en qualité celle enregistrée par Tony Roman à la même époque.
Sur la face B du disque, on retrouve une ballade de sweet soul incroyable. Un son qu'on a à peine entendu au Québec dans les années 60. J'aurais voulu t'en parler est en fait une reprise du morceau Wish you didn't have to go de James and Bobby Purify, duo rendu populaire grâce à son succès I'm your puppet. Les reprises de ce genre de soul sont extrêmement rares au Québec.
Maxime/Jean Nichol fut probablement un de ces jeunes artistes que François Carel avait découvert.

On voit ensuite paraître le 45 tours de Samuel, un autre artiste portant seul un prénom, qui fut probablement un nom d'emprunt. Aucune info sur lui. Peut-être s'agit-il d'une autre vedette en devenir? Toujours est-il que sa chanson Allons baby, reprise de Let the good times roll arrangée et jouée par l'orchestre de Carel, fait très bien le travail en terme de r&b.
Carel travaille ensuite avec un ex-Monstre, Serge Blouin, avec qui il enregistre le morceau Bonjour John, en hommage à John Lennon. Le travail de Blouin et Carel est remarquable. Excellent 45 tours pop proposant des arrangements qui sortent de l'ordinaire.

Dans la même foulée, Carel enregistre un de ses disques les plus provocateurs. Chanté par André Jean, ex-chanteur du groupe Batman, la chanson Hey man trrpt! parle sans détour des hippies révoltés ainsi que de leur consommation de drogue. Le fait est qu'à cette époque, Carel faisait comme les autres consommait. Ça a donné des résultats forts intéressants. Hey man trrpt! est dans un registre garage avec un son dur et sans détour.
Toujours dans un registre de sweet soul, il produit la chanson Prends-moi de la parfaite inconnue Gloria. Il s'agit en fait d'une reprise de Hold Me de Stevie Wonder, chanson figurant sur son album Uptight. Encore une fois, il s'agit d'une chanson soul d'une rare qualité. Avec son charmant accent, Gloria était sans aucun doute anglophone. Si vous avez des informations sur Gloria, écrivez-nous!
Sur un ton rock rugissant semblable à celui de Hey man trrpt!, Carel enregistre la terrible chanson Du moment qu'elle sait faire la cuisine, de Jules et Jim. Cet obscure duo comprenait étonnement un jeune Michel Stax, qui venait tout juste d'être découvert par Carel. Cette chanson est une de mes préférées des productions de Carel. Elle ressemble également beaucoup à Popcorn-Popeye de Claude Delessep, que nous verrons plus loin.
À la suite de Jules et Jim, Carel retrouve son ex-accolyte du
temps des Monstres, Marc Hamilton, qui signait alors son deuxième 45t solo. Surprise, Carel pousse Hamilton à dériver vers le rock garage avec C'est fini, une excellente reprise fuzzée à fond de Time won't let me des Outsiders. Wow! Un beau coup. Une version supérieure, à mon sens, à celle enregistrée par Les Serfs, et d'autant plus surprenante pour un jeune Marc Hamilton.
François Carel chez Sonore
Cet article fait partie d'une série à propos de François Carel. Lisez le tout ici.
Parallèlement à ses productions chez Carrousel, Carel produit 3 disques en 1967 et 1968 pour l'étiquette Sonore. Le pouvoir des fleurs, Les Loups blancs, Les Tallmud, Le Message, sont autant de groupes qui lancent des 45 tours extrêmement recherchés sur les disques Sonore.
Carel, pour sa part a travaillé en 1967 avec Les Makadams, pour qui il compose le remarquable morceau garage Il faut que ça cesse, sur lequel il ajoute une track de clavecinet, instrument rarement entendu au Québec. Ça prenait de l'audace pour faire dans le garage baroque!
Il s'attaque du même coup au 45 tours du groupe de Granby Les Héritiers qui inclus entre autres Jean Gravel (guitare) et Roger "Wezo" Belval, deux futurs membres d'Offenbach. D'autres jeunes poulains propulsés, notamment, par François Carel. La chanson Ma calèche est particulièrement intéressante.

En 1968, toujours pour le compte de Sonore, Carel réalise le disque du girl group Les Gamines, sur lequel il ajoute un intéressant effet de space echo sur la chanson Vis ta vie mon gars. Comparativement à d'autres de ses productions de 1968, cette chanson semble bien naïve.
François Carel chez Trans-Canada
Cet article fait partie d'une série à propos de François Carel. Lisez le tout ici.

C'est qu'en 1967 et 1968, le temps est à la mode hippie et au psychédélisme. C'est d'ailleurs en 1967 de Carel amorce une transition vers l'étiquette Trans-Canada, alors qu'il participe à l'enregistrement d'un excellent 45 tours de Nycole (Martin) et Frédéric, duo qui donne alors dans la culture hippie. Il enregistre avec eux son excellent composition psychédélique Je t'aime une fois, deux fois... quelque chose de plus éthéré que ce à quoi Carel nous avait habitués.
En 1968, toujours pour Trans-Canada, et dans un registre plus proche de ses habitudes, il arrange avec son comparse Pierre Laurendeau l'excellente chanson Northern Soul L'argent ne fait pas le bonheur de Michèle Richard, un chanson qui a fait l'objet d'un article complet récemment, sur Vente de garage.
Mais le plus surprenant tu travail de Carel chez Trans-Canada est probablement celui qu'il a fait pour Les Classels. Malgré qu'il ne fut pas crédité sur l'album, Carel participe à l'enregistrement et aux arrangements de plusieurs chansons de l'album Les trois cloches de la bande à Gilles Girard. En entrevue, Carel me confiait d'ailleurs que la réalisation dont il est le plus fier est celle de la chanson Les trois cloches des Classels.
Après cette révélation, je me suis attardé au reste de l'album des Classels. Certains le savent, cet album est contient deux chansons psychédéliques des Classels: Perdu et Je m'éveille. Carel a-t-il participé à ces chansons? Lui-même ne s'en souvient pas. Mais une chose est maintenant certaine, il a contribué à rendre Les Classels funky!
Qui l'eut cru, les bons garçons des Classels, blancs comme neige, qui donnent dans le répertoire afro-américain. C'est pourtant le cas sur leur interprétation de Funky Broadway, de Dyke and The Blazers et Wilson Pickett, sur laquelle on entend clairement l'orgue distinctive de Carel. Incroyable. Tout ce que Carel touche devient groovy!
François Carel chez RCA
Cet article fait partie d'une série à propos de François Carel. Lisez le tout ici.
La chanson la plus groovy et ma préférée de toute la production de Carel est fort probablement Popcorn-Popeye, de l'obscur Claude Delessep. Cette chanson comporte nombre d'éléments uniques: des paroles jouales, des références à la culture populaire Nord Américaine et québécoise, un fuzz gras et puissant, le tout doublé de l'orgue et du groove unique de François Carel. Avec un peu de chance, le son funk québécois se serait développé exactement dans cette veine. Reste qu'on entend rarement des morceaux aussi graisseux et savoureux au Québec. Quelque chose me dit que l'influence de Charlebois et de ses morceaux comme Engagement et Down in the south ont peut-être joué d'influence sur cet excellent morceau. Si vous êtes Claude Delessep ou savez où le trouver, contactez-nous, nous mourrons d'envie de lui parler!
Sébastien Desrosiers de Patrimoine PQ a découvert une autre excellente chanson de Claude Delessep, arrangée par Carel et parue sur étiquette Playboy. À découvrir à Mondo PQ.
Peu de disques chez RCA portent la marque de Carel. On retrouve pourtant une production sous son nom véritable, Raymond St-Jean (R. St-Jean) dans les crédits de l'adaptation francophone de Na na hey hey kiss him goodbye que Jimmy Bond a lancée, vers 1969.
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