
Les groupes québécois des années 60 ont plusieurs particularités redondantes : les voix douteuses, les hommages à la jeunesse et aux cheveux longs ou les fautes d’orthographe sur leurs étiquettes. Un autre phénomène remarquable, c’est celui des pré-ados chanteurs.
Le plus illustre cas, c’est celui de Simon Brouillard, chanteur des Lutins, qui n’avait que 12 ans au sommet de la carrière du groupe. Le scénario est presque le même pour des groupes early sixties comme The Melody Makers (voir Patrimoine PQ), Lionel et Pierre, The Tremolos, et pour les groupes garage Les Fleaux et Les Asteks.
Les Asteks fittaient pile dans le moule : chanteur/lead guitariste de 11 ans, voix juvénile pas toujours juste, quelques déclarations de jeunesse incomprise et un nom étrangement orthographié…
Remise en contexte historique:
Le peuple aztèque a dominé une large partie de ce qu’on appelle aujourd’hui le Mexique, vers le XVe siècle. Selon Wikipédia, au XVIe siècle, ils auraient atteint un niveau de civilisation parmi les plus avancés d’Amérique. Ils disparurent avec l’arrivée des conquistadors espagnols qui détruirent autant que possible toute trace de leur culture. L’étude leur histoire est aujourd’hui basée sur « les codex mésoaméricains, les témoignages des conquistadors, les travaux des chroniqueurs du XVIe et XVIIe siècle ainsi que, depuis le XIXe siècle, les fouilles archéologiques ».
Pour vous lecteurs, je vais pousser la comparaison. Les Asteks, le groupe garage québécois des années 60, me fait pas mal penser à la civilisation aztèque : Formés en 1966 (sous le nom des White Men), ils étaient originaires de ce qu’on appelle aujourd’hui la région de Sorel-Tracy, c’est-à-dire que leurs membres étaient de Pierreville et de Sorel. Après leur premier 45 tours Cheveux blonds et pantalons / Hélène (1967, Élysée, EY-136), ils atteignent un niveau de popularité important et passent souvent à la télévision, dont à l’émission Expo à go-go, tournée sur les lieux d’Expo 67. Pour cet engagement, ils sont payés l’extraordinaire somme de 248$! Expo 67, c'est les Cités d'Or et 248$, c'est l'El Dorado!Mais Les Asteks aussi ont trouvé leurs conquistadors en la personne des Lutins, qui étaient beaucoup plus populaires – ils étaient les rois incontestés du garage ado en 1967. La compétition entre les deux groupes fut féroce. Dans les liner notes de la compilation Rumble de Denis Lalonde du magasin Le Pick Up, on peut lire que des fans des Lutins, enragés, auraient carrément attaqués Les Asteks et détruit leurs instruments lors d’un de leurs concerts! Ouch!
Les Asteks ont tout de même pu enregistrer un second 45t, On est pas bien compris / Oui je t’aime en 1967, toujours sur l’étiquette Élysée (EY-138), avant d’être sacrés là par leur label. Une entente aurait été conclue avec l’étiquette Casino, qui relance la chanson Hélène sur une compilation en 1968, mais sans grand succès et sans nouvelle parution. Laissés de côté, Les Asteks continuent à rouler leur bosse jusqu’en 1971, accompagnant notamment Marcel Martel dans une tournée des Maritimes et de l’Ontario avant de se séparer.Tout comme la civilisation aztèque était un premier souffle de civilisation avancée en Amérique latine, Les Asteks firent partie de la première génération du rock québécois. Aujourd’hui, y’a seulement que leurs 45t et quelques rares documents pour nous raconter leur histoire. Sans ces témoignages, le groupe serait complètement oublié.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes: Gilles Béliveau (basse), Michel Champoux (voix, guitare solo), Ronald Vallée (batterie), Yvon Champoux (chant et guitare), Yves Simoneau (guitare)
Pour moi, Les Asteks résument le garage québécois des années 60 et représentent l'essence même de ce qu'on appelle le Teen beat. Issus d'une nouvelle génération, souvent très jeunes, ils enregistrent leurs 45t rapidement, composent spontanément, chantent la révolte et les cheveux longs, jouent de leurs instruments approximativement et de stars locales, ils deviennent vite les stars du petit écran. Leur musique est primitive, simple, efficace, révoltée, sauvage... purement adolescente. Exactement comme on l’aime à Vente de garage. Leurs chansons collent à la tête et sont maintenant devenues des classiques du genre.
Cheveux blonds et pantalons est probablement leur plus importante. Elle fut reprise par Les Macchabées, excellent groupe garage de Sherbrooke, au cours des années 2000. Phénomène rare au Québec, Cheveux blonds et pantalons est basée sur un rythme blues. Le rhythm and blues était très répandu, mais une structure blues à la I’m a man/Manish boy, c’est pas mal plus rare. D’ailleurs, tout le concept du « manish boy » s’applique très bien au texte de Cheveux blonds et pantalons. Ce rythme saccadé fait instantanément taper du pied, jusqu’à ce que le refrain embarque à pleine vapeur et donne tout aussi spontanément le goût de danser. Les paroles nous racontent l’histoire d’une fille qui se garde pour l’homme de sa vie et notre jeune chanteur, pour sa part, a la prétention de croire que c’est lui ce garçon. C’est parfait! J’adore. À noter : l’orgue, la voix quelque peu distante et des « pops » qui poppent out of the blue!Les Asteks - Cheveux blonds et pantalons
Oui je t’aime est leur autre classique, compilée sur Rumble Québec garage beat 66-67. Elle comporte quelques sonorités quasi-psych et des back vocals souffrants assez bizarres qui donnent à cette chanson une ambiance effrayante.Les Asteks - Oui je t'aime
Hymne à la jeunesse des années 60, On n'est pas bien compris est probablement le Je cherche des Asteks : une déclaration du sentiment d’incompréhension des jeunes face à la génération qui les précédaient. Le cerise sur le sundae, c’est la réalisation/production de Marty Hill aka Martin Martin sur On n'est pas bien compris et Oui je t’aime. Je gagerais que les cuivres, c’est son idée.
Les Asteks - On n'est pas bien compris
Hélène, malgré qu’elle soit un peu plus lente, reste assez intéressante pour son ambiance obscure. Selon le livre La merveilleuse époque des groupes québécois des années 60 de Léo Roy, cette chanson serait interprétée et composée par Yves Simoneau, guitariste du groupe.
Les Asteks - Hélène
Mais il reste que je veux en savoir plus sur Les Asteks! Si vous les connaissez ou si vous faisiez partie des Asteks, manifestez-vous! Felix_b_desfosses@hotmail.com
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Les Asteks were a killer quebecois garage band. Kinda like their worst rivals Les Lutins (and many others), Les Asteks had a very very young singer/lead guitar player: Michel Champoux was 11 years old only! They did 2 killers 45s with two classic garage tunes: Cheveux blonds et pantalons, which was covered by Les Macchabées not so long ago, and Oui je t'aime, which was comped on Rumble. In the Rumble comp liner notes, it is mentionned that the competition between Les Lutins and Les Asteks was so intense that some Lutins fans went to an Asteks gig and destroyed their instruments live on stage!
Les Asteks were just as primitive and mysterious as the Aztec civilisation. And they were part of the very first tribe of quebecois rockers!

