21/04/10

Les Différents – Il faut que nous soyons différents!


Cet article a été écrit en 2009 et devait originalement être publié dans un fanzine qui n'a jamais vu le jour. Permettez-moi donc de changer le ton habituel de ce blogue, question de jaser des Différents.

Les cheveux longs, chemises à poids, cravates à fleurs, drôles de pantalons… Les Différents avaient tout ce qu’il fallait pour se démarquer de la panoplie de groupes au Québec dans les années 60 – et pour atteindre aujourd’hui le statut de classique du garage québécois. Ils jouaient leurs propres compositions, n’ont enregistré aucune reprise et maîtrisaient l’art du fuzz. Par-dessus tout, Les Différents cherchaient à provoquer, par leur habillement, par leur attitude et avec une musique beaucoup plus dure que la majorité des groupes dans leur genre.

Sur leur seul, unique et extrêmement convoité album, le groupe se décrit ainsi : « Les Différents, ce n’est pas le style de tous les groupes, c’est quelque chose à eux. Ils sont différents non seulement par leurs compositions, mais aussi par leur style, leur genre, leurs manières de s’habiller qui n’est vue que chez eux ». Ils ont du guts. Mis à part Les Sinners et Les Misérables ainsi que certains groupes moins connus qui frappent fort, Les Différents sont parmi les seuls à s’opposer ouvertement à l’industrie de « reprises » et l’achat de composition. Si vous voulez mon avis, Les Différents avaient une attitude très punk, anti-conformiste, choquante et révoltée.

Colorés et pas sympathiques
Issus de trois groupes obscurs (dont un nommé Les Absolu), Les Différents se forment à Chambly, près de Montréal, en 1966, originalement sous le nom Les 4 Différents. Johnny « Blondinette » Whitton (chanteur), Jacques aka « Jimmy » aka « le diplomate des diplomates » Moreau (lead guitare), Richard « le plus grand parmi les plus grands » Trottier (guitare), Jean-Claude « le poète crotté » Durand (basse) et Claude Lamontagne (batterie) – premier membre du fan-club des Différents -, font leur première apparition en public à l’école St-Joseph de Chambly.

Avec leur look extrêmement coloré, plus que mod, presque hippie, ils attirent tout de suite un large public de jeunes révoltés affamés de bruit sauvage. Le meilleur exemple de leur style vestimentaire provocateur demeure le principal outil de propagande qu’ils ont utilisé durant leur carrière: l’affiche de promotion de Disque Monde (image juste en haut). On y voit les 5 Différents, cheveux longs et favoris fournis, dans leurs accoutrements bizarres, affichant une attitude de bad boys rollingstonienne avec des bouilles pas sympathiques, adossés à un mur de pierre. Même qu’un des membres porte… une mini-jupe… et des collants! On dirait presque Robin des Bois! La pochette de leur album montre Les Différents sous un angle semblable, dans tout l’éclat de leurs couleurs, mais avec une pose un peu moins antipathique.

La popularité des Différents se répand comme une traînée de poudre. Dépassant les simples groupes de danse locaux, ils se mettent rapidement à tourner vers Rosemont, Victoriaville et Rimouski, puis vers le Saguenay-Lac-St-Jean, où on les présente comme les « Rolling Stones canadiens » et où ils sont engagés comme orchestre pour quelques tournages de l’émission de télé locale Disques 67. Les Différents se font vite remarquer dans les nouvelles villes qu’ils visitent puisque leur vannette de tournée est peinte de couleurs psychédéliques très voyantes et est agrémentée de deux grosses mains collées de chaque côté qui ballottent dans le vent!

Mais leur passage en cette région ne fait pas que des heureuses. En entrevue, Jacques Moreau, lead guitariste, racontait qu'au Saguenay, Les Différents ont dû se sauver de vieux bonhommes qui venaient les menacer de leur couper les cheveux, ciseaux à la main!

Vedettes des Disques Monde

Au début de 1967, Les Différents contactent Ken Ayoub (celui-là même qui a découvert Les Sultans, entre autres), de la compagnie Disque Monde (l’équivalent francophone des disques Trans-World qui nous ont donné The Haunted, The Rabble, etc). Un contrat est signé et en février ’67 et Les Différents s’enferment au studio Stéréo Sound, à Montréal, trois jours durant, enregistrant leur seul et unique album éponyme (Disque Monde 65001). On dit que 5000 copies sont imprimées. Le succès commercial n’est pas au rendez-vous, mais côté musique… ouch! Ça arrache!

Un débat demeure : le chiffre de 5000 copies est-il exact? Depuis plusieurs années, ce chiffre circule suivi de la mention : « ce qui en fait un des albums les plus rares du Québec ». Pourtant, on sait que le LP des Haunted, par exemple, a été tiré à 1000 copies. Il est très rare, mais on le voit se vendre une fois de temps en temps, ici et là. Celui des Différents, on ne le voit jamais, ou presque. Ce qui me porte à croire que seulement 500 copies auraient pu être imprimées/vendues, et non pas 5000. Peut-être y a-t-il eu erreur dans le chiffre du premier chercheur qui a obtenu cette info?

Morceau par morceau
Reste que l’album Les Différents est aujourd’hui extrêmement recherché par les collectionneurs. C’est une véritable pépite d’or de garage punk québécois, fortement inspiré des Rolling Stones époque 12x5.

Le LP s’ouvre sur Je ne veux plus, une petite perle bien fuzzée et primitive à souhait, qui n’aurait à rougir devant aucune composition de groupes garage américains de l’époque. Elle me rappelle même vaguement Psychotic Reaction des Count Five ou encore certains moments des Seeds. Côté parole, on martèle l’amour déçu sur un ton dur et accusateur : « Je ne veux plus te revoir/Je m’en vais vers un pays noir/J’espère y trouver l’espoir/Je ne veux plus rien savoir/NON! ».

Je ne veux plus


Et comment ont-ils fait pour obtenir ce son fuzzé? Rejoint par téléphone, Jacques Moreau explique qu'il recherchait cette sonorité avant même que les pédales de fuzz n'existe. Comme c'était coutume à l'époque chez les groupes garage, il a entaillé les speakers de son ampli avec une lame de rasoir. Mais Moreau avait une arme de plus: un énorme ampli d'orgue d'église, en bois massif, qu'il poussait au maximum, pour en obtenir une puissante distortion. Et il trainait ce saint-mastodonte dans tous les concerts des Différents!

Classique parmi les classiques, Soyons différents, fut compilée sur Rumble dans les années 90, mais parut originalement en 45 tours, avant la sortie de l’album, couplée à Toutes les filles (Disque Monde 865, 1967), en face B. Véritable « statement » du groupe « Il faut que nous soyons différents » résume l’essence même, le style de vie de la formation – et de tant de jeunes québécois à l’époque -, sur une trame bruyante et fuzzée, parfait petit nugget de garage. Si il fallait un hymne pour la jeunesse québécoise des années 60, Soyons différents ferait extrêmement bien l’affaire.

Soyons différents


Je mentirais si je vous disais que le reste de l’album est à la hauteur de ces deux morceaux bien mordants. Les ingrédients garage sont tous présents : le fuzz revient ici et là (Abandonné), la guitare douze cordes de Richard Trottier ajoute une touche de « jingle-jangle » à la Byrds sur quelques morceaux (Toutes les filles) et l’harmonica de Johnny Witton pimente bien d’autres chansons (La Solitude), qui versent souvent dans le folk électrique/prostest song à la Dylan ou Antoine sur le thème des jeunes révoltés aux cheveux longs (Le Stone). Ça demeure un bon album de garage québécois, mais la recette ne lève pas toujours.

Quelques morceaux des Différents, en vrac


Reste donc la pièce de résistance, Je t’aime, qui ouvre la face B du long-jeu et qui fut compilée sur Québec dans le vent Vol. 1. Je t’aime kicke avec un solo de guitare quasi-psychédélique et se développe sur un beat qui cogne fort, en phase avec le son américain de l’époque. Sommes toutes, elle est excellente et probablement LA meilleure chanson de l’album!

Je t'aime


Un classique à 300$
Les Différents se séparent en 1969. Seul Richard Trottier continue dans le monde de la musique avec les groupes Jimmy and The Four Times et Les Québécois. De leur existence, Les Différents n’ont naturellement pas reçu la reconnaissance qui leur aurait été due. Trop audacieux, provocateurs et en avance sur leur temps, évoluant dans le contexte d’une industrie naissante, assez fermée d’esprit. Le temps aura pourtant donné raison aux Différents, consacrant leur album « mythique » et « classique du garage québécois », faisant baver d’envie des amateurs de garage du monde entier.

Mais, cet album vaut-il vraiment les 300$ généralement demandés pour une copie en état mint? Dur à dire… en fait, je conseillerais fortement à quiconque intéressé par ce long-jeu, de se procurer avant tout une réédition. Ça pourrait aussi bien faire la job!

Les photos parues dans cet article sont une gracieuseté de Denis Lalonde du magasin Le Pick Up à Montréal.

03/04/10

Donald Seward, biographie complète


Publicité pour des concerts de César et Les Romains dans la région de Rouyn-Noranda. Le groupe est accoudé sur l'orgue de Donald. Ce dernier est complètement à gauche, en haut. Source: Centre d'archives de Rouyn-Noranda.


Durant trois cruciales années du milieu des sixties, Donald Seward fut le claviériste de César et Les Romains. On le connait aujourd'hui de mieux en mieux pour sa carrière solo, fin 60's, au cours de laquelle il fut un des premiers québécois "pure laine" à toucher au r'n'b, au soul et au funk.

Rock'n'Rouyn


Donald Seward voit le jour le 6 mai 1944 à l'hôpital Youville de Rouyn-Noranda. Sa famille habite la rue Murdoch, à Noranda. Fait anecdotique, au cours de sa jeunesse, il côtoie les Dave Keon et Pit Martin, qui deviendront plus tard des légendes du hockey. Très tôt attiré par la musique, Seward développe une passion pour le piano. Tous les dimanche soir, il observe intensivement le jeu de piano rock'n'roll de John Ranger, originaire de North Bay, qui joue à Rouyn avec Kenny & The Be-Bops. Dès 15 ans, il participe courrement à des " battle of the bands" organisés aux hôtels Frontenac, Days et Moderne. C'est probablement lors d'une de ces démonstrations de talent que la star country locale Jimmy James le découvre.

Jimmy James & The Kandy Kanes - Babysitter rock


Jimmy James a connu un succès Top 10 au États-Unis en 1958, avec son morceau rockabilly Babysitter rock. Il est toutefois demeuré à Rouyn, faute d'avoir un gérant capable de lui organiser une tournée au pays de l'Oncle Sam. Seward est engagé pour un soir à Normétal en tant que membre du groupe d'accompagnement de Jimmy James nommé The Kandy Kanes. Pour un jeune homme de 15-16 ans comme lui, c'est une grosse job!



Seward a la piqure, il doit se former un groupe. C'est ainsi qu'il entend parler d'une opportunité. René "Ti-Tough" Hamelin, le sosie d'Elvis à Rouyn, celui qui fait tourner les têtes sur la main, cherche des membres pour son groupe. Ti-Tough gratouille la guitare et chante comme il peut, il a aussi déjà trouvé un batteur en la personne de Don Carpentier. Intimidé, le jeune Seward vient lui proposer ses services. Il est embauché. Kenny Roy, quitte les Be-Bops et s'ajoute à la basse. Lorsque Gerry Cochran, animateur de radio à Noranda se joint à eux en tant que chanteur, suivi de Raymond Roy, saxophoniste extraordinaire qui connaîtra plus tard une carrière à Las Vegas, Les Flaming Stars sont nés.


Les Flaming Stars... après le départ de Donald Seward

Au cours des années 50, à Rouyn, le rock'n'roll fait rage. Y'a plus de 35 hôtels dans les villes jumelles et chaque place a son groupe. L'endroit le plus branché pour le rock'n'roll, c'est l'hôtel Radio. Donald Seward et Les Flaming Stars sont des clients réguliers de l'endroit et apprennent leur métier en regardant les autres jouer. C'est un gars de Toronto qui y booke les groupes. The Hawks, Larry Lee & The Leesures, The Strato-Tones, Dave Nicholls & The Coins... autant de groupes qui passent par le radio grill et laissent des traces indélébiles dans la tête des jeunes musiciens rouyn-norandiens.



Lorsque Les Flaming Stars décident de partir en tournée, le jeune Seward, qui n'a pas encore 18 ans, est retenu à Rouyn par son père. C'est John Ranger, ex-Be-Bops qui le remplace au piano. Après quelques années, Les Flaming Stars deviennent The Jades. Ces derniers connaitrons une carrière intéressante au cours des années 60-70.

Donald pratique tous les jours, avec intensité. Il joue du piano dans le salon de ses parents. D'ailleurs, l'été, lorsqu'il laisse la porte avant ouverte, y'a un jeune Richard Desjardins, qui habite dans le quartier, qui vient le regarder jouer, une fois de temps en temps.

Extrait de l'unique 45 tours de Dougie Day & The Gamblers (sans Seward)


Quelques mois plus tard, Dougie Day & The Gamblers débarquent à l'hôtel Radio. Leur claviériste est malade. Donald Seward se propose pour le remplacer et fait le travail avec brio. Tellement, qu'il est invité à suivre Dougie Day en tournée pour deux autres concerts. Cette fois, il a le feu vert. Sans trop savoir ce qui l'attend, le jeune homme de 18 ans s'embarque avec Dougie Day & the Gamblers qui doivent se produire au prestigieux Coq d'Or de Toronto ainsi qu'au mythique Esquire Show Bar de Montréal, LA place pour le rock'n'roll, le rythmn and blues et les musiques noires au Québec, à l'époque. Donald Seward est renversé. Le r'n'b, c'est son bag. C'est clair et net pour lui dès qu'il entend les groupes de l'Esquire Show Bar.



Malheureusement pour Seward, le claviériste de Dougie Day se rétablit rapidement et le jeune rouyn-norandien est renvoyé chez lui. Retour à la case départ. Il recommence donc à chercher des musiciens autour de lui. Maurice Bélanger et Denis L'Espérance l'approchent, lui proposant de former un groupe. Seward décline, les trouvant trop débutants. Après tout, il a joué avec des artistes populaires et il a acquis un certain niveau. Seward continue de jouer dans les battle of the bands. Après près d'un an, Maurice Bélanger et Denis L'Espérance reviennent à la charge. Ils se sont améliorés! C'est ainsi que Les Time Twisters voient le jour. Le groupe est engagé dans les salles de danse locales et change éventuellement de nom pour Dino & Les Questions.

L’époque yé-yé
Début des années 60, l’orchestre Dino & Les Questions donne dans le rock’n’roll et le r&b. Après avoir été engagés sur de longues périodes à Sept-Iles, Matane, Thetford Mines et Saint-Jean-Sur-Le-Richelieu, le groupe décroche un premier contrat d’enregistrement en 1964 avec la compagnie Kebek disques. Les chansons sont enregistrées dans un studio de Victoriaville.

La chanson Qui est-elle est créditée à Don, Dino et Les Questions. Don, c'est Donald Seward. À ce moment, il est encore à l'avant-scène.


Dino et Les Questions - Qui est elle (extrait)




Sur l'autre face, on retrouve J'ai oublié de prier, qui sera plus tard reprise et ré-enregistrée par César et Les Romains. Le succès n'est pas au rendez-vous. Après avoir vu les Classels en concert, Les Questions comprennent que pour réussir, ils devront se trouver un concept et donner des prestations spectaculaires.

C'est à Alma, à l'Hôtel Royal où ils sont engagés, qu'ils ont l'idée. Le groupe regarde la télévision avec le propriétaire de l'endroit. Un film d'époque, genre Benhur, met en scène un combat de gladiateurs.. Le gérant de l'hôtel leur lance tout bonnement: Vous devriez vous appeler de même! Néron et Les Gladiateurs! Un brainstorm s'ensuit. C'est le jour 1 de l'empire César et Les Romains.





La voix de leur chanteur, Dino L’Espérance, est particulièrement puissante. Le bassiste Maurice Bélanger leur décroche un engagement d'une semaine au Café de l'Est, à Montréal. Lorsque le gérant de la place, les entend et les voit sur scène, c'est le coup de foudre artistique. Mais les membres du groupe ne lui font pas trop confiance... déjà gérant des Beatlettes, cet homme a toutes les apparences d'un mafieux. Le groupe accepte tout de même l'offre et leur succès est immédiat et immense, notamment avec le tube yé-yé Splish-Splash.

Extrait de leur passage à l'émission Jeunesse d'aujourd'hui


César et Les Romains atteignent une popularité immédiate. Ils sont engagés une semaine complète au Café St-Jacques de Montréal, LA place pour le yé-yé à l'époque. C'est à ce moment qu'ils lancent Splish-Splash. César et Les Romains font rapidement partie des groupes les plus populaires de l'époque avec Les Sultans et Les Classels.



Ils sont élus « Groupe le plus spectaculaire de l’année » au Gala des artistes 1966 – équivalent de l’ADISQ aujourd’hui.

La discographie de César et Les Romains est impressionnante: trois ou quatre albums, une quinzaine de simples en trois ans. Différentes éditions, rééditions et exploitations nostalgiques de leurs albums s'ajoutent aussi à la liste.


"Avec César et Les Romains, on s'est prostitué, en quelques sortes, pour connaître du succès. Notre répertoire n'avait plus rien à voir avec celui des Questions. Notre gérant avait un coach musical qui lui donnait des chansons que nous devions interpréter. Puis, les offres sont venues de l'extérieur. René Angélil est venu nous voir avec la chanson de Claude François Je sais, nous proposant de l'enregistrer", se rappelle Seward. Musicien le plus expérimenté du groupe, Donald Seward est, en quelque sorte, le chef d'orchestre de César et Les Romains, alors que Dino est le frontman. Maurice Bélanger, bassiste et responsable de l'administration du groupe, se voit contraint de quitter la formation. C'est Pierre "Pete" Sidor qui le remplace.. Au travers des reprises de chanteurs à voix, Donald Seward réussit à placer quelques reprises de r'n'b qui l'intéressent. Ce sont des chansons de Chuck Berry (Sweet Little Sixteen), de Hank Ballard & The Midnighters (Au Koochi-koochi-Koo) de Billy Martin (Egg Roll) et Money, interprétée sauce James Brown.


Ave Cesar, morituri te salutant. Et c'est Donald Seward le bourreau!

En 1967, César et Les Romains brûlent leurs toges sur scène. En 68, après des concerts aux États-Unis, en Amérique du Sud et partout au Québec, le groupe se sépare. Dino part en solo et le reste des membres se regroupent autour de Donald Seward, joueur d’orgue demeuré dans l’ombre jusqu’alors.


Post-romains
Le premier pas du groupe est de lancer un 45 tours sous le nom des 4 Romains sur étiquette Spectrum, en 1968. On y retrouve une reprise de Walk like a man des 4 Seasons ainsi qu’une composition dans le style Beach Boys intitulée Mon meilleur copain.

Les 4 Romains - Marche comme un homme



Rien de fameux jusqu’à maintenant. Donald Seward créé ensuite un duo avec Pierre Sidor, bassiste de César et Les Romains. Le duo Donald et Pierre produit deux 45 tours, dont le premier, Non, non, non, non/Toi, toi, toi, toi est lancé en 1968 sur étiquette Canusa, label du célèbre et mythique producteur Tony Roman. Ces deux morceaux demeurent assez pop, mais on retrouve un léger fuzz sur la guitare de Non, non, non, non. Toi, toi, toi, toi, pour sa part, semble assez innofensive aux premières notes, mais offre un bridge à couper le souffle! Seward et compagnie commencent à expérimenter, sûrement encouragés par Roman.

Donald et Pierre - Non, non, non, non et Toi, toi, toi, toi


Funky stuff
Ce fameux Tony Roman propose à Seward d'enregistrer un album solo, armé de son orgue Hammond B3, pour sa nouvelle étiquette Révolution. Le 33 tours intitulé Donald Seward (l’ex-romain) à l’orgue paraît en 1969 et ce sont les ex-membres des Romains qui jouent là-dessus avec Seward. C’est ici que ça devient vraiment intéressant. On retrouve sur cet album plusieurs reprises de succès soul et d’airs jazz et pop, dont Green Onions de Booker T. & The M.G.’s et Watermelon man de Lionel Hampton (toutes deux avec un plus valu de guitare fuzzée!) ainsi que quelques morceaux plus rock/r'n'b. Mais la perle rare, c’est sans contredit Studio "B" Funk, une composition, une improvisation même, très r'n'b et bien crue, qui se veut funky (si on se fie au titre), rappelant certains bons moments des Mohawks.

Donald Seward - Studio "B" Funk


Achetez des MP3 complets et remasterisés de Donald Seward ici!



Peu d’artistes blancs au Québec ont osé toucher au funk avant 1969. Sinon quelques groupes qui ont repris des succès de James Brown. Il y avait quelques artistes québécois noirs, tels que Pierre Perpall, Trevor Payne & His Soul Brothers, Teddy Nash & The Scales ou Raphaël qui ont joué du soul/funk/r&b, mais Donald est un des premiers « blancs » a vraiment s'essayer au genre, sans toutefois réussir complètement avec cette première tentative. Seward avoue qu'il était alors fortement inspiré par le house band du Café de l'Est à Montréal: Nicky Lee & Les Playboys, qui ont lancé un album de r'n'b uptempo instrumental sur étiquette Jupiter. Studio "B" Funk voit donc le jour en réponse au style de Nicky Lee.


Parallèlement, Seward continue de travailler à la réalisation de 45 tours pour d’autres artistes. En 1969, il frappe un circuit en réalisant, avec l’aide de son partenaire Pierre « Pete » Sidor un 45 tours pour LE chanteur noir soul/funk du Québec, Pierre Perpall. Avec Seward à l’orgue, ils enregistrent une reprise de Sing a simple song de Sly & The Family Stone qui devient, en français, Do-ré-mi-fa-Soul. Leur reprise est excellente. On dirait presque que ça a été enregistré dans un ghetto noir américain. Les cuivres sont chauds et le groove est profond. Une des meilleures reprises funk québécoises des années 60.

Pierre Perpall - Do-ré-mi-fa-Soul (Excusez le mauvais son douteux de ma copie...)


Fort probablement très fier du résultat, Seward ajoute cette reprise à son prochain album, mais sans voix, remplissant le vide par une ligne de B3. Cet album paru en 1970 sur étiquette Pop Apex est intitulé Donald Seward joue les plus grands succès et on y retrouve des reprises presque uniquement d’artistes soul/funk tels que Sly & The Family Stone, Joe Tex, Blood, Sweat and Tears et Sam & Dave.



Donald Seward - Do-ré-mi-fa-soul


En 1970, il n’existe peu ou pas vraiment d’autre album ainsi consacré aux reprises soul/funk au Québec. Comble de qualité, Seward y inclut aussi une reprise de Mongo’s boogaloo (du percussionniste afro-cubain Mongo Santamaria), aux accents soul, funk et latin-jazz démentiellement groovys. Malgré l’obscurité totale de cet album, il demeure une des tentatives les plus réussies et les plus "early" pour un artiste blanc issu du yé-yé de toucher au funk, au soul et même au jazz.

Donald Seward - Mongo's Boogaloo


On retrouve aussi sur cet album deux versions instrumentales de compositions d'un certain Michel Desjardins: Je ne pourrai pas et Je suis bien. Ce Michel Desjardins est en fait du batteur de Michel et La 4e Volonté, un autre groupe produit par le duo Sidor/Seward et dont le premier 45t est lancé sur l'étiquette Volt, une maison de disque qui appartient aux deux producteurs/réalisateurs.



La 4e Volonté - Je ne pourrai pas


Ensemble, ils réaliseront aussi l'excellente CEGEP Blues, qu'on retoruve aujourd'hui sur la fameuse compilation Freak Out Total Vol. 3 de Satan Bélanger. L'histoire nous apprendra que Michel Dion, chanteur/guitariste de la formation, est nul autre que le grand frère de Céline Dion, premier membre de la famille Dion à lancer un disque et de surcroit, sous la houlette de Sidor/Seward!

Le début de la fin
Après avoir réalisé des disques pour Martin Carol, Jocelyne Pascal et plusieurs autres sans grand succès, Seward se retire partiellement de la musique. Son fils, né en 1967, a déjà 5 ans en 1972 et il est temps que les revenus soient plus stables pour la famille Seward. Il saute donc sur l'opportunité d'acheter un bar-spectacle à Marieville. Il monte un house band, Les Three Much, dont il fait partie, toujours avec Jacques Moisan de César et Les Romains, et accompagne des artistes et humoristes de deuxième ordre. L'endroit est très populaire. Mais en 1975, Seward se fait offrir de se lancer dans le monde des assurances. Il met la clé dans la porte et sa carrière artistique sera terminée, à toute fin pratique.

César et Les Romains ont donné quelques concerts réunion au cours des années 80-90. Dino L'Espérance a continué à chanter, jusqu'à ce qu'il décède d'un cancer de la gorge le jour de Noël 1999. Donald Seward est toujours en vie et en grande forme! Il garde précieusement un scrapbook contenant tous ses souvenirs de l'époque de César et Les Romains. En 2010, Les Disques Pluton lancent une réédition 45 tours de trois chansons tirées des albums solo de Donald Seward.

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