25/09/10

Les Pharaons et Batman

                      **** MISE À JOUR ****
Les Pharaons
Suite à un premier article à propos du groupe Les Pharaons et de ses ramifications avec le groupe Batman, j'ai été contacté par M. Gilles Labrie, guitariste des deux groupes. Il m'a raconté sa carrière en long et en large. Voici le résultat d'une chaleureuse rencontre, accompagné de photos et scans tirés de ses archives personnelles.

L'histoire commence à Laval, vers 1962-63. Gilles Labrie, guitariste, et Pierre Boismenu, guitariste et chanteur a ses heures, forment ensemble Les Stringrays, un groupe instrumental inspiré du surf, du twist, du rock'n'roll et de la hot rod music. S'ajoutent à eux un batteur et le cousin de Gilles Labrie à la basse.
Les Stingrays

Les Stingrays sont engagés pour quelques gigs dans les salles de danse d'école.

Après avoir remporté un concours d'orchestres au Bar Le Baron de Cartierville, ils sont remarqués par un certain Pierre Fortier qui leur offre de leur trouver des engagements. C'est probablement ainsi que Les Stingrays décrochent un contrat de concert au salon de l'auto du Palais du commerce. Un décor de voitures d'époque parfait pour ce jeune quatuor qui porte le nom d'une voiture de course et qui donne dans la hot rod music!

Pierre Fortier leur trouve des engagements dans les bars, puis le premier batteur de la formation quitte. Jean De Sève, un nouveau batteur se joint à eux, changeant le style du groupe complètement. Il ajoute la touche finale à une composition du groupe qui sera connue plus tard sous le nom de La marche des martiens.

Les musiciens commencent à s'acheter du bon équipement, notamment, des guitares Fender Jaguar. Gilles et Pierre Boismenu travaillent au même endroit. Sur l'heure du dîner, ils écoutent Les Hou Lops jouer à CHLT TV. À l'instar des Hou Lops, Gilles Labrie se procure un Echocord. Le son des Stingrays est maintenant complet.

House band du Club Yé-Yé du Café St-Jacques
Les Pharaons dans une pose... égyptonique!
La carrière du jeune groupe est sur le point de décoller pour vrai. En 1965, ils sont engagés, durant 9 mois, comme house band du Club Yé-Yé du Café St-Jacques. Ils y jouent 7 soirs par semaine et y pratiquent l'après-midi. À cette occasion, le groupe change de nom. Ils deviennent Les Pharaons, encouragés par Pierre Fortier. La formation officielle compte dans ses rangs Pierre Boismenu (guitare), Jean De Sève (batterie), Denis Côté (basse) et Gilles Labrie (guitare).

Sur la scène du Café St-Jacques, le concept des Pharaons est de jouer dans le noir, habillés en blanc, avec des gants blancs, éclairés seulement par des black lights. Le résultat visuel devait être époustouflant pour l'époque!


Côté musique, leur style évolue. Ils deviennent de plus en plus funky.

"Ce que tu entends sur les 45 tours... c'était pour faire partie de la gang, explique M. Labrie. C'était pas exactement ce qu'on jouait live". Leur répertoire est fortement inspiré par le r'n'b. Ils reprennent du Nino Ferrer, du James Brown et plusieurs autres succès dans le genre.

D'ailleurs, Gilles Labrie raconte qu'il n'était pas rare de voir un jeune Pierre Perpall, aspirant James Brown québécois, assister aux shows des Pharaons au Café St-Jacques. À quelques occasions, ils invitent Pierre Perpall à chanter sur scène avec eux quelques morceaux du répertoire du Soul Brother #1.

Les premiers enregistrements
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Les Pharaons - Vive les filles


Le premier 45 tours des Pharaons est lancé en 1965 sur étiquette Laval (LF-419). Il comprend Vive les filles, une composition de Pierre Boismenu et, étrangement, une chanson d'un autre groupe, en face B. Il s'agit des Deux et 1/2, une autre formation gérée par Pierre Fortier. Les Deux et 1/2 y reprennent Wooly Bully de Sham the Sham and The Pharaohs (une autre mention pharaonique!), qui devient en français, Voulez voulez.

 Les Deux et 1/2 forment un trio fantaisiste composé de deux hommes de taille normale et d'un troisième de taille très petite... de là le "1/2"! Ils n'ont enregistré qu'une seule chanson, la voici.

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Les Deux 1/2 - Voulez, voulez


Le deuxième 45 tours des Pharaons est probablement, encore aujourd'hui, leur plus important.

L'egytpo-maniaque que je suis ne peux que tripper sur Les Pharaons, non seulement pour leur nom, mais aussi pour leur musique. Particulièrement sur leur morceau instrumental La marche des martiens, paru en 1965, sur étiquette Laval (LF-418). Wow! Quels sons étranges. On se situe ici quelque part entre surf, jerk, teen beat, garage... j'adooore! L'Echocord de Gilles Labrie à fond et ce rythme de batterie discret mais étrange... tout est là pour donner une des chansons les plus bizarres qui soit, comparable à la mystérieuse Le thème du cimetière du groupe Les Monstres, qui figurait sur la compilation de Vente de garage vol. 2: Instrus bizzaroïdes et obscurs cha-cha.

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Les Pharaons - La marche des martiens


Un soir, un gars de l'Office National du Film observe le concerts des Pharaons au Café St-Jacques. Il les visite en coulisse et leur demande de jouer La marche des martiens. Deux jours plus tard, ils sont invités à rentrer en studio pour enregistrer une nouvelle version de La marche des martiens, allongée avec un refrain de plus.

Les Pharaons - La marche des martiens, version ONF

(Merci à Simon de Psyquébélique pour cet enregistrement)

Le personnage de l'ONF leur demande aussi d'enregistrer plusieurs effets sonores étranges, près du son de leur composition martienne. Il leur demande aussi d'inventer une autre chanson dans le même genre. Le groupe improvise donc une autre chanson. Les Pharaons cèdent tous leurs droits à l'ONF. Ces enregistrements sont utilisés dans plusieurs films de l'ONF, tout au long des années 60, dont un documentaire sur le Volleyball réalisé par Denys Arcand!

Fuzz et distortion
"Les Misérables, ça c'était nos chums, se rappelle Gilles Labrie. Pendant qu'on jouait au Playgirl, eux jouaient au St-Jacques. Après nos shows, on sautait dans un taxi pour aller au Café St-jacques. Un soir on arrive... on pense voir les Rolling Stones! Les gars sur scène sont habillés tout croche... on était pas habitués de voir ça, dans ce temps-là, tout le monde était clean cut! Y'ont les cheveux longs, y fument leurs cigarettes su'l stage. Y sonnaient comme les Rolling Stones.[La distortion], c'était Gerry Bribosia [des Misérables], le premier a avoir ça à Montréal, avec son echolette. C'est un pre-amp ça. Y mettait le son au boutte, pis ça marchait!

Quand on a enregistré Je ne peux pas te satisfaire... deux semaine après, j'ai découvert ce son là. Je voulais retourner en studio pour la refaire, mais il était trop tard."

Les Pharaons lançent donc une version de Satsifaction des Stones, en français, qui ne satisfait pas Gilles Labrie au niveau du son de la guitare. La face B, intitulée Le jerk, est chantée (avec une voix falseto) par M. Labrie lui-même!

Les Pharaons - Je ne peux pas te satisfaire


Les Pharaons - Le jerk


Gilles Labrie se souvient: "Je faisais partie d'un groupe de guitaristes en recherche de nouveaux sons. Le guitariste des Chanceliers en faisait partie aussi. Le bending n'était pas commencé dans ce temps-là. On achetait des sets de cordes de guitare acoustique, on scrapait la grosse, on montait toutes les cordes d'une coche pis on prenait une petite corde de banjo pour la petite. On en faisait du bending avec ça! Après ça on était à la recherche de distortion. Dans Pas à pas... ça a commencé là [la distortion]."

Les Pharaons lancent donc leur première chanson avec du fuzz en 1966, toujours sur étiquette Laval. Pas à pas est une reprise de Walk that Walk de David Clayton-Thomas and The Shays. Elle a d'ailleurs été compilée sur Québec dans le vent vol. 2.

Les Pharaons - Pas à pas


Les Pharaons en tournée 
 
Les Pharaons partent ensuite jouer à Rouyn, au Maroon Lounge de l'Hôtel Albert, pour 3 mois.


Le dimanche soir, le groupe allait à 150km de là, à St-Eugène-de-Guigue, au Témiscamingue, pour jouer dans une salle de danse où tous les groupes passaient. "C'était dans une espèce de shed à tracteur, une bâtisse ronde", se remémore M. Labrie.

Il y avait là entre 600 et 900 personnes, à tous les dimanches soirs. Des jeunes de partout y allaient. De l'Ontario à Val d'Or. D'ailleurs, le seul concert que Les Pharaons feront avec leur costume de pharaons est donné à St-Eugènes-de-Guigues. Peu intéressé par ce déguisement ridicule, le groupe refuse de le porter une seconde fois. M. Labrie en parle encore en riant et refuse catégoriquement de montrer la photo de promo du groupe avec son costume pharaonique. Lors de leur passage en Abitibi-Témiscamingue, ils rencontrent Cléo Mo et Les Pieds Fous (groupe mené par Maurice Bélanger, de Rouyn-Noranda, ex-bassiste de César et Les Romains), ainsi que Jacques Michel (originaire d'Abitibi), qu'ils avaient déjà rencontré à Montréal.
Les Pharaons en concert, 1966

De retour à Montréal, leur gérant Pierre Fortier leur annonce qu'ils font partie d'une tournée avec Tony Roman, Nanette Workman fraîchement débarquée des USA, Les Habits Jaunes, etc. Ils jouent notamment au Colisée de Québec. Un disque live y aurait été enregistré. Mais aucune trace de cet enregistrement aujourd'hui. Gilles Labrie se souvient que la relation des Pharaons avec Tony Roman avait été très houleuse.

À leur retour, ils sont engagés au Playgirl, pour presque un an, en haut de la célèbre Casa Loma. Pierre Fortier quitte la gérance des Pharaons pour aller chanter avec Les Monstres.

Pendant 6 mois, Les Pharaons, Les Preachers et un groupe latino-américain ont partagé la scène dans une salle de Montréal. Gilles Labrie se rappelle très bien des Preachers: "Le guitariste Robert Goulet, je m'assoyais devant lui, devant la scène pis... écoeure moé!... il tirait celui-là! Ils étaient r'n'b: orgue, drum, guitare... c'était Robert Hétu qui jouait de l'orgue... un gros B3... et il chantait avec une excellente voix rhtyhmn and blues."

Retour au St-jacques où il y a un nouveau projet dans l'air.

Batman
Au cours des années 60, pas seulement au Québec, mais un peu partout dans le monde, le phénomène du super-héros Batman prend une ampleur incroyable. La télé-série était immensément populaire et sa fameuse chanson thème a été reprise par des centaines de groupes de tous genres (surf, garage, soul, frat... etc!).

En 1966, la direction du Café St-Jacques décide de transformer son 3e étage en club concept Batman, question de surfer sur la vague de popularité du super-héros homme chauve-souris.

Et pour mousser ce concept, on propose aux Pharaons de se déguiser en personnages de Batman et de devenir de le house band du tout nouveau Club Batman. Le groupe accepte, mais on leur propose aussi un personnage qui jouera Batman, il s'agit d'André Moisan, aussi originaire de Laval, qui était maître de cérémonie au St-Jacques. Il s'est fait connaître sous le nom André Jean. Le casting est complet. Chacun des membres du groupe était déguisé en un des protagonistes de l'émission. Naturellement, le chanteur, c'était Batman, André Jean as Batman. Les autres membres du groupe étaient Gilles Labrie as Robin, Jean De Sève as le Joker, Denis Côté as le Pingouin et Pierre Boismenu as le Riddler.

Pour la promo, le groupe Batman se déplace dans une voiture Corvair convertible décorée à l'effigie de Batman: une véritable imitation de la Batmobile! À Télémétropole, Gilles Labrie, alias Robin, est invité à conduire la Batmobile dans le studio, alors que Batman doit sauter en dehors de la bat-voiture pour commencer sa prestation. Mauvais calcul, l'auto dérape vers les caméras... passant très près de tuer quelques caméramans!

Batman en concert, 1966
Le seul et unique 45 tours de Batman est enregistré au studio Stereosound de Montréal, comme tous les autres 45 tours des Pharaons d'ailleurs.

Les chansons qui s'y retrouvent sont les deux seules compositions du groupe.
Le reste de leur répertoire est surtout composé de reprises de chansons françaises.

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Batman - L'invincible Batman


Le disque est lancé en 1966 sur étiquette Choc (C-0055). Il comprend deux petits bijoux: L'invincible Batman et Un mauvais farceur. BIFF! BANG! POW! Ça fait mal! Le fuzz fait loi sur les deux côtés de ce 45t, véritable petit chef d'oeuvre obscur du garage québécois. Avec un tel Bat-45 tours, il était évident que l'homme chauve-souris allait triompher sur les méchants.

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Batman - Un mauvais farceur



Au cours de l'année 1966, à la fois Batman et Les Pharaons s'embarquent dans une tournée du Québec en compagnie des Monstres, dont la carrière est exposée en long et en large sur Vente de garage.

Le projet Batman existe à peine un an, au cours de 1966.
Le Café St-Jacques est menacé par la construction de l'UQAM, la business est moins bonne, le Club Batman ferme ses portes.

La suite pour André Jean
Vers 67-68 paraît sur étiquette Carrousel (même label que Les Lutins, entre autres), un excellent 45t garage attribué à André Jean. Est-ce le même homme que celui qui chantait dans Batman? Si on se fie à l'audace des paroles et de la musique, je suis prêt à parier que oui.

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André Jean - Hey man, TRRPT!


André Jean nous parle d'une génération de jeunes hippies psychédéliques qui se foutent de tout et tirent la langue aux gens normaux, de là le titre de cet excellent morceau, Hey man, trrrpt!, composé et produit par François Carel, dont il a été question sur Vente de garage, en rapport avec sa chanson Je me fout de tout, diffusée dans l'Épisode 15: Québec Black Soul (Part 2). Carel a réalisé et chanté sur plusieurs chansons assez crues, mais toujours uptempo, de l'étiquette Carrousel. Il possède un son assez particulier, souvent accompagné de cuivre, qu'on retrouve sur la chanson d'André Jean aussi. Hey man, TRRPT! est une autre de ses productions audacieuses.

L'après Pharaons et Batman pour Gilles Labrie
Après Batman, Gilles Labrie et les gars des Pharaons forment le groupe r'n'b, soul et funk The Invaders, en 1967. Ils jouent d'ailleurs, près de 12 heures par jour, les samedis et dimanche, sur les lieux de l'Expo 67, dans un endroit appelé "L'antre du diable", situé près de la grande roue. Ils deviennent ensuite The Soul Invaders lorsqu'ils ajoutent une section de cuivres. The Soul Invaders n'ont malheureusement pas lancé de disques.

Vers 1971, Daniel Labrie, fils de Gilles, voit le jour. Gilles prend du recul par rapport à la musique.

Après quelques années, le groupe Moebius approche Gilles Labrie pour lui demander de se joindre à eux.
Gilles Labrie, avec Moebius en concert
Ils jouent du rock. Labrie accepte. Il reste avec Moebius jusqu'en 1980, touchant au hard rock et au disco. Ils font quelques enregistrements maison et en studio. M. Labrie possède toujours les bobines originales. Le groupe n'a jamais commercialisé de disque. Sur scène Moebius possède un décor genre lunaire, fluorescent, chromé, inspiré de la science-fiction à tendance morbide!

Pendant quelques années, début 80, Gilles Labrie est moins actif. De 1985 à 1992, il embarque ensuite avec un groupe LG Rétro. Il forme ensuite Les Appolons dont le répertoire tourne autour des succès des années 50-60.

Aujourd'hui, Gilles Labrie joue toujours de la musique, avec le groupe Rétroactif.

Voici donc enfin rassemblés plusieurs morceaux d'un casse-tête digne du Riddler!

Merci à Daniel et Gilles Labrie pour toutes ces informations et documents.

15/09/10

Oh non, Les Hou Lops, Yan Perreau et Les Rescapés


Quelle excellente initiative. Ça faisait longtemps que j'espérais quelque chose dans le genre.

Peut-être avez-vous regardé un des deux premiers épisodes de la nouvelle télé-série Les Rescapés de Radio-Canada? Sincèrement, c'est très bon.


Situation initiale: 1964, les Boivin sont une famille québécoise tout ce qu'il y a de plus normal. Pour une raison qui leur échappe, ils sont propulsés dans le temps et se retrouvent dans le futur, en 2010. S'en suit une quête pour comprendre ce qui leur arrive et pour retourner à leur époque.

Scénario "fish out of the bowl" classique, mais bien ficelé.

Mais ce qu'il y a d'encore mieux, c'est qu'à chaque épisode, on nous propose une nouvelle reprise d'une tube québécois des années 60, interprétée par un groupe d'aujourd'hui!

Dans l'épisode #2, on pouvait entendre Yann Perreau reprendre le classique du garage québécois: Oh non, des Hou Lops. Sa version est très cool!




Non seulement demandent-ils aux artistes de ré-enregistrer une chanson, mais ils créent aussi un vidéoclip qu'on peut regarder sur le web. Ils mettent la chanson originale ainsi que son adaptation en vente!

Donc, question de surfer sur cette vague, j'ai décidé de vous raconter l'histoire d'Oh non. 


Oh non
- Les Hou Lops (originale)

Les Hou Lops, originaires de St-Hyacinthe, sont un des plus importants groupes québécois des années 60, tout genre confondus. Leurs compositions comme leurs interprétations ont fait danser le Québec de 1962 à 1969.

Parmi leurs faits d'arme, comptons l'immense succès Blue jeans sur la plage, ainsi qu'une première visite en Europe en 1965, où ils partagent la scène avec The Animals, puis un second périple européen en 1966 durant lequel les gars se payent l'Olympia de Paris en première partie des Rolling Stones. BANG!

Gilles Rousseau (chanteur) et Yvan Côté (guitariste) écrivent et composent Oh non probablement vers 1966, après que le groupe ait abandonné le nom Les Têtes Blanches. La chanson est lancée en format 45 tours sur étiquette Apex et se retrouve rapidement sur les palmarès de l'époque. Il faudra attendre 1968 pour retrouver la version originale de Oh non sur un album 33 tours.

Oh non est un classique du garage québécois et une composition solide, bien de son temps. Le reverb à fond, le fuzz bien présent, des paroles juste assez sévères à l'endroit d'une concubine briseuse de coeur et un rythme parfait pour se brasser la tête de gauche à droite. Nous sommes en 1966 et Les Hou Lops composent des chansons de calibre international. Leur succès, depuis 1965, s'étend en France, en Belgique et certains de leurs disques auraient même été imprimés pour le public Grec (!) sous le nom The Blue Canadian Band.

C'est donc dire que ce succès doit absolument trouver écho ici.

On compte notamment Les Internes, dont il a été question il y a belle lurette sur vente de garage, qui reprennent Oh non, toujours en 1966, avec pas beaucoup de vernis et moins de savoir faire, pour l'étiquette à budget Succès Match.

Oh non - Les Internes


Lire l'article complet à propos des Internes sur Vente de garage

Puis, y'a Réal Pilon qui s'attaque à Oh non avec sa trompette. C'était aussi l'époque des disques instrumentaux où pleuvaient les reprises de succès du moment.




Oh non - Réal Pilon



En 1967, le jeune groupe Les Mousses reprennent Oh Non, live à la télévision. Je suppose que cette performance soit tirée des enregistrements du concours 28 jours de l'émission Jeunesse Oblige de Radio-Canada.


Toujours en '67, Les Hou Lops reprennent leur propre succès, en anglais, qui devient Oh no. Ce serait lors de leur deuxième passage en Europe qu'ils auraient enregistré cette version plus orchestrée, visant le marché international. Je préfère l'originale.

Oh no - Les Hou Lops


L'album anglophone des Hou Lops, intitulé Off, est probablement leur meilleur. On y retrouve plusieurs excellentes chansons dont Oh no, Mother in Law, Doin' the jerk, Big Black Jacket (reprise de l'obscure chanson rockabilly de Marcel St-Jean and The Jitters), ainsi qu'un chef d'oeuvre ténébreux, l'excellente Lonely Riverman.

Lonely riverman - Les Hou Lops


Jusqu'à la fin de leur carrière, Les Hou Lops demeurent pertinents et créatifs. Un excellent groupe québécois dont le répertoire, de calibre international, mérite d'être considéré sérieusement dans l'histoire du rock d'ici.

Pensons seulement à J'étudie mon grec et Everything Alright (reprise du groupe des USA The Mojos), deux autres excellentes chansons du groupe de St-Hyacinthe.

J'étudie mon grec - Normand Fréchette et Les Hou Lops


Lire l'article complet à propos de J'étudie mon grec, sur Vente de garage


Everything Alright - Les Hou Lops


Le temps passe et la trace des Hou Lops ne s'efface pas. Au contraire, les reprises de chansons du groupe se retrouvent un peu partout.

Récemment, Narduar The human serviette, geek musical canadien en chef, et son groupe The Evaporators ont enregistré une excellente adaptation de Oh non.

Oh non - The Evaporators


Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de l'importance et de l'influence des Hou Lops.

Je me permets de reposter une belle photo des Hou Lops, tirée de la collection de Stéphane Dugas, sur laquelle on peut constater que Les Hou Lops aussi, aimaient manger du spaguetti.

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