

Horreur à go-go!!! Frankenstein, La Momie, Le Bossu et Dracula, en d'autres mots, Les Monstres, débarquent sur Vente de garage!
L'histoire commence avec Les Shadols, un groupe yé-yé comme les autres, formé en 1965, qui tente de percer le marché avec trois 45 tours pas mauvais, mais pas tout à fait assez accrocheurs pour attirer l'attention. C'est l'époque des déguisements et les Shadols ne flashent pas assez avec leur habit de cuir noir.

Leur chanson Dis-moi si tu l'aimes avec son beat bien punk colle tout de même à la tête. Comment savoir est aussi digne de mention! L’avenir se trace tranquillement.
Toujours en 1965, Les Shadols se métamorphosent en ce qui deviendra un des groupes les plus mythiques des années 60 au Québec: Les Monstres.

Les membres sont Serge Legrand (Frankenstein, basse), Michel Lamort (La faucheuse, batterie), Réal Bossé (Le bossu, guitare), Martin Beloeil (Le borgne, guitare) et Marc Sansregret (Dracula, voix). Leurs vrais noms sont en fait Serge Blouin, Michel Bourgon, Réal Brousseau, Martin Zizek et Marc Hamilton. François Carel (guitare et/ou clavier) joue aussi avec Les Monstres durant un certain temps.
Le concept est simple mais efficace: exploiter les concepts des films de série B, porter des costumes épeurants, capitaliser sur le succès Monster Mash de Bobby "Boris" Pickett et faire peur aux jeunes filles yé-yé qui osent s'aventurer dans les concerts des Monstres.

Avant d'embarquer sur scène, les Monstres se mettent les mains dans des bacs de glace et se promène dans la foule, touchant le cou des jeunes filles de leurs doigts glacés. Le groupe constitue ensuite un cortège qui porte un cercueil jusqu'à la scène. Une fois sur scène, Dracula/Marc Hamilton émerge de son sommeil, sort du cercueil et donne un concert macabre dont la majorité des chansons exploitent des thèmes d’horreur.C'est Denis Pantis qui lance leur premier 45 tours, fin 1965, sur son étiquette Blue Jean. On parle ici d'un classique du garage québécois, le tout premier disque d'horreur rock de la Belle province! Un simple mythique qui contient deux morceaux glauques garnis d’effets sonores de chaînes, de cris et de tout ce qui pourrait se trouver dans un château de vampire. On y retrouve deux diamants noirs : une reprise de Monster Mash en français et la fameuse ténébreuse instrumentale Le thème du cimetière. Les ventes sont faibles et la rareté de ce 45 tours fait l'envie des collectionneurs de pépites garage de ce monde!
Les Monstres partent pour une tournée du Québec qui les mènera d'Abitibi jusqu'à la Gaspésie en compagnie des Pharaons et du groupe Batman. D’ailleurs, plusieurs photos de cette tournée m’ont été données par M. Gilles Labrie du groupe Les Pharaons. Ces images glacent le sang! Voici quelques clichés jamais vus du grand public des Monstres en concert… imaginez un show au complet… whoa!




Les Monstres s'embarquent aussi dans la tournée Horreur à go-go, en 65-66, organisée par leur gérant Jean Beaulne (ex-Baronets), en compagnie des Intrigantes et de nuls autres que Les Misérables. Imaginez le show que ça devait donner! Après quelques arrêts et ici là au Québec, leur concert montréalais, prévu à la Comédie canadienne en février ‘66, est annulé. Semble que ce groupe de rock macabre en a dérangé plusieurs! Les Monstres étaient audacieux, provocateurs, épeurants, punks, mais surtout dotés d’un humour morbide un peu absurde… ils sont en quelques sortes La famille Adams du rock garage québécois!
La malchance s’abat souvent sur le groupe. Début 1966, leur gérant tente un coup de publicité fumant en invitant la crème de la presse culturelle québécoise à un voyage d'avion de Montréal à New York, en compagnie du groupe, afin d'aller assister au premier concert des Monstres à NYC au cabaret Blue Bonnet. Malheur, les douaniers se mettent de la partie et l'avion décolle sans Les Monstres! Les journalistes partent tout de même pour New York, où ils ne peuvent que constater les faits: un corbillard décoré aux couleurs des Monstres (pour l'occasion, leur nom est traduir en anglais: The Monsters) les attendaient, mais demeurera vide. Le cercueil de Marc Hamilton n'y entrera jamais. Les Monstres avaient même produit des photos de promo pour le marché américain, tel qu'en témoigne la photo plus haut.
En 1966, Les Monstres lancent un deuxième 45 tours, sur étiquette Miracle cette fois, comprenant deux compositions de Marc Hamilton. La chanson Je veux une réponse, très peu connue, est pourtant excellente : intro de guitare efficace, cuivres punchés et une mélodie qui reste dans la tête… je l'adore! L'autre face, Pourquoi madame, est moins intéressante.
Les Monstres - Je veux une réponse
Les Monstres - Pourquoi madame
L’aventure des Monstres se termine en 1967. Leur mort coïncide avec la fin de l’intérêt pour les groupes costumés au Québec. Le thème du cimetière paraît d’ailleurs sur une compilation des disques DSP de Denis Pantis, une espèce de rencontre au sommet des groupes costumés obscurs! L’après-Monstres
Marc Hamilton se joint aux Caïds entre 1967 et 1968. Le groupe lance un seul et obscur 45 tours comprenant deux compositions de l’ex-Dracula. Mention honorable à Je voyais ton visage dans l’eau qui nous offre un timide effet de space echo à la fin des refrains!Je voyais ton visage dans l'eau
Hamilton enregistre aussi quelques 45 tours en solo pour l'étiquette Carrousel. Rien de très notable ici non plus. L’artiste semble chercher son créneau. Il part donc en France d'où il revient avec de nouvelles idées.D’autres membres des Monstres trouvent aussi une continuité intéressante à leurs carrières.
François Carel, probablement déjà producteur/réalisateur/arrangeur à l’époque des Monstres, continue dans cette veine, développant un son de clavier indentifiable parmi des centaines et travaillant des morceaux à tendance r&b, soul et jazz-à-gogo, souvent pour l’étiquette Carrousel. En plus de composer ses propres chansons, Carel travaille aussi pour des artistes établis telle que Michèle Richard ou des vedettes naissantes comme Maxime. Vous pouvez entendre le travail de François Carel dans cet épisode de Vente de garage.
Serge Blouin, pour sa part, lancera quelques 45 tours en solo aussi sur Carrousel avant de rejoindre les rangs du groupe de Marc Hamilton début 1970, de jouer brièvement avec Les Sinners en 1976 et de lancer un album de nostalgie rock’n’roll au milieu des années 70. Serge Blouin est né dans la musique, en 1945. Son père, Fernand Blouin, était le leader des Trois Clefs, un des premiers groupes québécois à jouer du rock'n'roll (Le rock'n'roll du samedi soir), dès 1956! Serge Blouin est décédé en 1987 d'une crise cardiaque. Au meilleur de mon savoir, il fut un excellent guitariste qui a probablement joué avec plusieurs autres groupes.Marc Hamilton, les années psychédéliques
En 1970, Marc Hamilton écrit, compose et enregistre Comme j’ai toujours envie d'aimer. Un succès gargantuesque qui fera le tour de la planète... et qui lui portera malheur. Il écrira même son histoire dans un livre intitulé La chanson qui m'a tué. Comme j’ai toujours envie d’aimer se vend à 200 000 exemplaires au Québec et 1 500 000 en Europe!

Quelques mois après avoir lancé ce simple, le premier album solo complet de Marc Hamilton se retrouve dans les bacs : un disque rock psychédélique qui vaut le détour. D’ailleurs Hamilton semble tenir à s’identifier au courant hippie : le devant de la pochette nous montre une espèce de sculpture de M. Hamilton jouant de la cithare. Au dos de la pochette, on peut lire « Les chansons ont été faites sous l’influence de ………. ». Le ton général des textes est assez dénonciateur.On retrouve sur cet album plusieurs anciens membres des Monstres… En fait, on peut carrément y voir ici une continuité des Monstres puisque le chanteur est toujours entouré de Normand Bouchard à la réalisation, Serge Blouin à la basse et Martin Zizek à la guitare.
Laissez-moi dormir est menée par une guitare fuzz puissante et un riff qui n’est pas sans rappeler une Satisfaction sauce 1970.
C’est que tout va bien est la grande surprise et la grande finale de l’album éponyme de Marc Hamilton. La chanson s’ouvre sur un gros riff de guitare stoner à fond puis part dans un délire psychédélique qui nous mène à une tirade gueulée par Hamilton où il cite des produits de confort artificiels dont « un disque des Classels »! Le tout est suivi d’un solo de batterie et d’un break à faire baver d’envie les producteurs de hip-hop avant de se terminer sur le riff stoner de l’intro. Wow!
Sur différents simples, Marc Hamilton lance aussi quelques face B qui rockent à fond, dont La question, La jeunesse, Le pusher et une étrangeté totale : J’veux pas de vinaigre sur mes patates (ça c’est l’fun).
La question s’ouvre sur un buzz de guitare puis sur un riff bluesé qui me rappelle Jean Genie de Bowie. Le reste de la chanson dénonce les grandes idées de révolution lancées par les petits faiseurs et mène Marc Hamilton à crier haut et fort son désaccord. La guitare wha-wha présente tout le long de la chanson ajoute un groove intéressant à ce hard rock méconnu.La question
La jeunesse tombe plutôt dans le psych léger. Le plus intéressant est probablement l’effet de reverb bizarre constant sur la voix de Marc Hamilton dans les couplets.La jeunesse
Le pusher, pour sa part, raconte l'histoire d'un vendeur de drogue qui avant vendait de la pizza toujours gelée et qui finit par s'acheter une plantation de pot! Hamilton fut-il inspiré par The pusher de Steppenwolf qui figurait sur la trame sonore d'Easy rider?Le pusher
J’veux pas de vinaigre sur mes patates (Ça c’est l’fun) est tout simplement étrange… un morceau de 1973 qui vaut tout de même une écoute.J'veux pas de vinaigre sur mes patates (Ça c'est l'fun)
Dommage que Marc Hamilton soit autant overlooké… dommage aussi qu’on ne se souvienne que de son unique grand succès… parce que ses compositions rock psychédéliques figurent parmi les meilleures du début des années 70 au Québec!





