Ça, c'est une découverte bizarre. Je fais un détour par le new wave punkish pour vous parler de Johnny Pop.
À vrai dire, je n'ai pas grand chose à dire sur Johnny Pop à part... Who the fuck is Johnny Pop?!
Je suis tombé là-dessus au cours de l'été dans je-ne-sais-plus-quel marché aux puces. À priori, c'est l'étiquette qui a attiré mon attention. Solfège. Cette étiquette est habituellement synonyme de rock garage sixties obscur et rarissime. C'est qu'au cours des années 60, ce micro label a lancé deux des 45 tours garage les plus recherchés: Les Wild Ones et Les Demi-Douzaines, sans compter une myriade d'autres excellents groupes tels que Réjean et ses Faucons, Le Spectre, Les Serfs, alouette!
Retour au marché aux puces, après avoir lorgné l'étiquette, je m'attarde aux détails:
Titre de la chanson: Je te dis oui
Artiste: Johnny Pop
Crédit auteur-compositeur: J. Pop
Année de fabrication: 1982, au Canada, par disques Quality limitée
Face B: Version instrumentale
Étrange! J'ignorais que les disques Solfège avaient continué de produire dans les années 80! Cette si petite étiquette était déjà moribonde à la fin des années 60.
Johnny Pop - Je te dis oui
Je mets donc le 45 tours sur mon tourne-disque. Intro de batterie, ligne de basse rock'n'roll, synthé 80, puis la voix... on jurerait Plastic Bertrand! Les paroles, je n'en parle pas, elles sont à peine compréhensibles, surtout avec cet accent français! Ensuite des back vocals doo wop et un sax pour la touche rétro. Un refrain accrocheur avec des coup de snear doubles qui donnent envie de taper des mains. Je te dis oui.
Ma foi, c'est excellent! Ça aurait facilement pu figurer au répertoire de Plastic Bertrand! D'accord, ce n'est qu'un pastiche, mais quand même. Qui savait que le Québec a eu son propre Plastic Bertrand?!
Si quiconque a d'autres infos là-dessus, laissez-le moi savoir!
Pour ceux qui l'auraient manqué - et vous auriez raison de l'avoir manqué, car j'ai oublié de le mentionner sur le blogue - samedi dernier, j'étais à l'émission Bouillant de culture, émission animée par Patrick Masbourian sur la Première chaîne de Radio-Canada, pour faire la toute première chronique Face B de la saison. Je serai de retour une fois de temps en temps pour vous parler, bien entendu, de la face B de l'histoire de la musique québécoise.
Comme l'émission était diffusée en direct du fetival western de St-Tite, j'ai décidé de discuter d'une chanson qui prend racine dans le country et western à tendance folklorique. Le morceau en question est Cauchemar, de Robert Charlebois. Si ça ne vous tente pas de lire, ben écoutez la chronique ici. Sinon, bonne lecture!
Charlebois enregistre Cauchemar en 1973 et la place en chanson d'ouverture sur son album Solidaritude, paru la même année. C'était la belle époque d'Ent' deux joints.
Robert Charlebois - Cauchemar
Mais Charlebois n'a pas composé ni écrit cette chanson et ne fut pas, non plus, le premier à l'endisquer. C'est plutôt un morceau à la fois country, hillbilly, rock'n'roll et folklorique de Gabélus Côté et la Famille Côté, paru à l'origine en 1961 sur étiquette Laurentien.
Gabélus Côté et la Famille Côté - Cauchemar
Mais qui était donc cet obscur Gabélus Côté? Je me suis longtemps posé la question, jusqu'à ce que j'observe que le crédit de compositon de la version de Charlebois était donné à un certain Michel Choquette. Quelle découverte!
Michel Choquette est le fils de Robert Choquette, un écrivain et poète québécois a qui l'on doit aussi les tout premiers feuilletons-radio du Québec. Michel Choquette, pour sa part, a connu une carrière d'humoriste hors du commun. Au cours des années 60, il s’exile au États-Unis où lance le duo d’humoristes fantaisistes Times Square Two, avec qui il connaît un grand succès. Il se sont notamment produit au Johnny Carson Show – une consécration pour l’époque - ainsi qu’au Dean Martin Show.
M. Choquette était aussi un ami personnel de Frank Zappa, il a notamment fait quelques tournées avec lui, en 1ère partie. Il a plus tard travaillé pour le magazine humoristique américain National Lampoon et il est finalement devenu professeur aux départements de cinéma des universités Concordia et McGill à Montréal.
Toujours est-il que Gabélus Côté était un personnage que Michel Choquette faisait vivre sur disque seulement. La chanson Cauchemar était donc une blague. Et c'était surtout la suite d'une blague encore plus grosse!
Le premier et plus grand succès de Gabélus Côté et la Famille Côté fut La jeunesse d'aujourd'hui. Enregistrée et lancée en 1960. Une chanson satirique de chiâlage contre la jeunesse dévergondée du début des années 60.
Gabélus Côté et la Famille Côté - La jeunesse d'aujourd'hui
Le succès fut si grand que Tex Lecor en fit une adaptation, et des reprises furent enregistrées par Oswald et la Famille Hébert, Dominique Michel et Denise Filiatrot (sic). Cette dernière en a même fait une version twist! Merci au blogue C'était hier d'avoir partagé cette adaptation.
Denise Filiatrot - La jeunesse d'aujourd'hui
Revenons à notre Cauchemar. J'ai eu l'occasion de discuter avec M. Choquette à propos de Cauchemar et ce dernier m'a donné quelques précisions par rapport au personnage et à la chanson.
Premièrement, le nom Gabélus est tiré directement du "directory" de la Malbaie. Travaillant dans le coin, M. Choquette cherchait un nom comique dans le bottin de téléphone. C'est ainsi qu'il a baptisé son personnage Gabélus!
M. Choquette m'a aussi fourni quelques explications par rapport à l'inspiration de la chanson. Il était assis au bar d'un établissement nommé Le Tour Eiffel, à Montréal, au coin de Ste-Catherine et Stanley, lorsqu'il a entendu un client commander une boisson alcoolisée dans ces termes: "Encore un autre là mon Alban, un autre p'tite shot de whisky!". La première phrase de la chanson est née à ce moment, ainsi que le personnage du barman, Alban, qui revient plusieurs fois dans la chansons. "Encore un autre là mon Alban/Un autre p'tite shot de whisky blanc".
Puis, la chanson fut longue à écrire. M. Choquette s'était donné le défi de trouver le plus de rimes et d'adjectifs possibles pour décrire son personnage. L'auteur se souvient même avoir reçu un petit coup de main de Stéphane Venne pour terminer sa chanson!
Il n'en demeure pas moins que Michel Choquette, via son personnage de Gabélus Côté, se voulait provocateur pour l'époque. Quand, dans La jeunesse d'aujourd'hui, il mentionne que les jeunes, "ça mange du curé", il savait bien qu'il choquerait le Clergé. Et avec cette langue profondément jouale, utilisée dans Cauchemar, on se doute qu'il ne voulait pas faire plaisir au Frère Untel, qui venait à peine de publier Les insolences du Frère Untel, manifeste contre l'utilisation du joual!
Pourtant, avec l'humour, tout passe mieux. Ça a souvent été le cas au Québec. Pensons seulement à Méo Penché des Jérolas, une chanson de rock'n'roll, chantée en joual ou presque, qui a connu un succès énorme en 1961. Une chance que Les Jérolas étaient fantaisistes! Pensons aussi à Frisette des Rythmos ou à l'album 14 bonnes chansons jouals (sur lequel on retrouve une interprétation de La jeunesse d'aujourd'hui), qui utilisaient aussi l'humour pour faire passer la pilule.
Charlebois, en grand révolutionnaire de notre musique, a simplement décidé d'assumer la joke que Cauchemar était et en a fait un classique instantané, une chanson qui fait désormais partie de la culture populaire, de l'inconscient collectif, et qui est reprise ici et là, à gauche à droite, sans qu'on ne s'attarde vraiment à son origine. Qu'on pense aux Frères à ch'val qui l'ont interprétée dans les années 90 ou à Mauvais sort, qui ont aussi fait leur propre version de Cauchemar, une satire jouale qui devient entre leurs mains un statement folklorique.