31/12/11

Les Loups, Pour tout dire


Les Loups ont, au cours des années, acquis un statut mythique parmi les groupes de garage québécois. Aussi obscur cet orchestre peut-il sembler, leur musique a néanmoins traversé les générations pour se rendre jusqu'à nous à travers différents médiums. Leur chanson Tous les soirs a été compilée sur Ils sont fous ces gaulois Vol. 2. Pour tout dire, chef d'oeuvre de garage québécois - et probablement LA pièce de rock la plus lourde enregistrée ici au cours des années yéyé - a pour sa part été compilée sur Rumble - Quebec Garage Beat 66-67. Y'a aussi leur désormais classique de Noël yéyé Ah les fêtes, utilisée il y a quelques années dans une publicité de Zellers, qui a également été reprise par le Boum Ding Band de l'acteur Stéphane Crête. Pourtant, on en sait très peu à propos des Loups... Mais pas pour longtemps, car Les Loups s'en viennent... et c'est toute la meute qui arrive!


Contacté par courriel, M. Robert Paradis, guitariste du groupe, s'est aimablement chargé de contacter tous les membres des Loups pour collecter leurs souvenirs et les réunir ici dans une entrevue extrêmement complète, diablement intéressante et d'une rare richesse. C'est donc un honneur et un privilège pour le blogue Vente de garage de pouvoir publier ici l'histoire des Loups.


La seule et unique formation des Loups, de gauche à droite:
Louis-Jacques « Buzz » Bourdon – Guitare basse
Richard Giguère – Batterie
Robert Paradis – Guitare accord
Daniel Giroux – Guitare solo
Maurice Paquin – Voix, harmonica, percussions

Vente de garage: M. Paul Paulin, dont on peut lire le nom sur plusieurs disques des Loups, a-t-il aussi fait partie du groupe? Si oui, à quel instrument?
Robert Paradis : Paul Paulin était gérant du groupe mais surtout compositeur de plusieurs des chansons originales des Loups, sur des textes de Robert Paradis.

VdeG: J’ai lu que M. Paulin aurait passé quelques années en Abitibi (d’où je suis moi-même originaire), j’aimerais donc savoir dans quelle ville et durant quelles années il a vécu en Abitibi? A-t-il appris la musique en Abitibi? A-t-il côtoyé des musiciens de là-bas?
Paul Paulin : Je suis allé à l'école avec Raoûl Duguay, qui demeurait sur la rue voisine. Nous étions tous les deux dans la fanfare de Val d'Or, on jouait du clairon. En 1956 je suis parti avec ma guitare pour Montréal, et j'ai formé un orchestre dont faisait partie le Gros Pierre, qui a joué plus tard avec Charlebois ; il y avait aussi Bill Gagnon (Ville-Émard Blues Band ) qui faisait ses débuts à la basse. Nous pratiquions dans le sous-sol du café Saint-Jacques, situé coin Sainte-Catherine et Saint-Denis. Le piano électrique n'existait pas dans l'temps, alors la première chose que l'on demandait si on avait un contrat, c'était : avez-vous un piano ? Nous avons dû plusieurs fois transporter le piano en trailer. Plus tard, je suis retourné en Abitibi où j'ai formé un autre orchestre. Nous avons fait des tournées en province, suivis d'autre groupes dont les Gants Blancs - avec Gerry Boulet. De temps en temps, un gars du groupe vendait sa montre pour mettre du gaz dans l'auto. C'était le bon temps.
Pour plus de détails, s'il vous plaît consulter le site de Paul à l'adresse suivante : http://www.paulpaulin.com


VdeG: Comment, où et quand le groupe Les Loups s’est-il formé?
Robert Paradis : Le groupe, d'abord appelé Les Go-Beats, s’est formé en 1964 autour du noyau principal composé de Robert Paradis, Maurice Paquin et Louis-Jacques Bourdon dit Buzz. Les trois étaient étudiants au collège Saint-Ignace à Ahuntsic. Maurice, dont le père enseignait l’anglais au collège, est originaire de Saint-Boniface au Manitoba. Il est arrivé à Montréal après un détour par Toronto, où il avait déjà fait partie d’un groupe pop. Buzz était le fils de (Louis Bourdon), un chanteur d'opérettes (baryton) qui a été membre du groupe vocal Quatuor Alouette avec Lionel Daunais, bien connu du public dans les années 30, 40 et 50. Se sont par la suite greffés au groupe le guitariste solo Daniel Giroux, un ami d’enfance de Robert, et le batteur Richard Giguère, qui s’était auparavant aiguisé les baguettes dans des fanfares et dont l’imitation buccale du son de la trompette a immédiatement séduit le reste de la bande.
Mais l’élément catalyseur a été la rencontre entre Maurice et Paul Paulin, les deux alors à l’emploi du cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal. Paul y occupait le poste d’horticulteur tandis que Maurice y avait déniché un emploi d’été à titre d’« opérateur de tondeuse ».
Les Go-Beats existaient depuis quelques mois et leur maigre répertoire se composait de quelques chansons populaires, genre Wild Thing, Twist and Shout, etc. Paul avait été musicien dans son Abitibi natal et il avait déjà sillonné la province dans des groupes incluant, entre autres, Bill Gagnon et le Gros Pierre, de la première cuvée des musiciens qui ont plus tard accompagné Robert Charlebois.
Lui-même un guitariste talentueux et original, Paul a pris le groupe en charge. Il en est ainsi devenu le gérant et directeur musical, décortiquant systématiquement, à partir des disques, les chansons à ajouter au répertoire, et confiant leur partie à chaque musicien.
Mais, plus important encore, Paul a vite fait comprendre au quintette que, à une époque où plusieurs groupes se contentaient de calquer les succès américains ou internationaux (ou leur version française), l’avenir était aux groupes qui créaient leur propre matériel. Paul avait déjà quelques compositions de son crû dont Acapulco, appelé à devenir le premier succès des Loups sur disque.


Puis le vrai déclic s’est produit quand les Go-Beats se sont inscrits au concours Festival des orchestres yéyé de la populaire station de radio CJMS. Se mesurant pendant tout un week-end à des groupes plus expérimentés, comprenant des musiciens plus talentueux, les Go-Beats ont su tirer leur épingle du jeu avec un amalgame original de chansons françaises (Adamo, Christophe, etc.) - dont Maurice était un interprète éblouissant -, de blues américain (Paul Butterfield, Junior Wells, Muddy Waters – encore là, Maurice se démarqua par son jeu dynamique et inspiré à l’harmonica) et de rock populaire (Beatles, Rolling Stones, Animals…).
Résultat : contre toute attente, les Go-Beats terminèrent au deuxième rang du concours [derrière Les Atomes et devant Les Chantels] et méritèrent, entre autres, un contrat de disque avec la compagnie Fantastic de Jacques Matti.
À l’occasion des premiers enregistrements en studio, Normand Fréchette, alors un des populaires « bons gars de CJMS », comme on appelait les DJ de cette station à l’époque, a proposé au groupe de changer de nom. Comme il constatait chez les jeunes hommes un esprit de clan, avec une bonne dose de dérision et d’audace, il a eu le flash… d’une « meute ». Ainsi sont nés Les Loups.

VdeG: Quels étaient les influences musicales des Loups?
R.P. : Tout ce qui nous faisait tripper et nous permettait d'avoir des filles ! Sérieusement, ça allait du « fleur bleue » d'Adamo à la pop haute performance des Beatles en passant par le blues sale de Junior Wells et les envolées explosives de Paul Butterfield. On a sans doute été un des premiers groupes qualifiés de yé-yé à prendre la tangente blues au Québec. Côté compositions originales, on s'est inspiré surtout des maîtres bien sûr - qui d'autre que les Beatles.

VdeG: Les Loups ont une particularité intéressante : vous n’avez jamais enregistré de reprises. Était-ce important pour vous de composer vos propres chansons?
R. P. : Pour nous, ça a toujours été la seule et unique voie à suivre. C'était amusant de reproduire des hits pour faire danser le monde - n'oublions pas que c'était la belle époque des « salles de danse » -, mais le vrai plaisir en même temps que le plus beau défi, c'était de sortir du matériel original de qualité.


VdeG: Quelles étaient les inspirations pour les compositions?
R. P. : Les peines d'amour, la rage de vivre, la poésie, les Beatles, la quête d'originalité, le rêve, Dylan, la volonté constante de mettre un peu de magie dans le quotidien...

VdeG: Jouiez-vous tout de même des reprises en concert? Si oui, lesquelles?
R. P. : Un mélange hétéroclite des chansons françaises (Adamo, Hugues Aufray...) de hits américains et internationaux (Paul Revere & The Raiders, Animals, Rolling Stones, ...) beaucoup de Beatles et une bonne dose de blues américain (Paul Butterfield Blues Band, Junior Wells...)

VdeG: Avez-vous donné beaucoup de concerts à travers la province?
R. P. : Pas des tonnes, mais on a tourné un peu partout - en Abitibi, au Lac Saint-Jean, Trois-Rivières, Québec, Sherbrooke...


VdeG: À quoi ressemblaient les concerts des Loups?
R. P. : L'attrait principal, c'était bien sur Maurice, ce grand hurluberlu aux lunettes noires de Buddy Holly qui chantait et qui se faisait aller le popotin comme personne d'autre. Ses solos d'hamonica étaient sulfureux et son intensité avait un effet électrique sur l'auditoire. On plaisait beaucoup aussi par la diversité du répertoire et le fait qu'on ne se prenait jamais au sérieux. Les Loups, c'était du bonbon pour l'oreille et pour l'oeil.


VdeG: Avez-vous des souvenirs de tournée à partager avec les lecteurs de Vente de garage?
R. P. : La fois où Dino/César a réellement pleuré pendant la chanson Je sais. Dino était reconnu pour vivre cette chanson jusqu'aux larmes - une vraie fontaine d'émotion ! Ce soir-là, Dino finit une cigarette, jette son mégot par terre et entame la chanson. Sauf que le mégot s'inflitre dans sa sandale de Romain. Dino n'a jamais si bien pleuré ! Et j'ai maaal, si maaal... !
La fois où Richard, qui avait un emploi, a prévenu son patron qu'il était malade et ne pouvait se présenter au travail. Sauf qu'en ouvrant sa télé le soir, le patron aperçoit Richard qui joue de la batterie à Télé-7, à Sherbrooke. Comment Richard pouvait-il se douter que son patron avait accès à Télé-7 ??? Richard a été congédié.
La fois où, à Beaulac dans les Laurentides, une gang de motards envahit la salle où on joue. Le plus laid et le plus menaçant s'approche lentement de la scène et demande gentiment : joue-moé une chanson d'Elvis. Manque de chance, on n'en a pas. Disons qu'on en a appris une sur place et dans un temps record ce soir-là.




VdeG: J’aimerais recueillir vos souvenirs d’enregistrements, de compositions, ou d’anecdotes par rapport à certaines chansons. Acapulco fut sans aucun doute votre plus grand succès, avec plus de 20 000 copies vendues en 1965. Avec du recul, que pensez-vous de cette chanson?
R. P. : Acapulco a été composée par Paul Paulin, paroles et musique. Ce fut un hit d'été dans l'air du temps, avec refrain mémorable, voix style Beatles à l'unisson et ça parlait d'une fille aux cheveux blonds qui dansait le yaya ! Ça ne pouvait pas rater - c'était écrit dans le ciel !


Les loups - acapulco



Josée, l'excellente et méconnue face B de Acapulco
Les loups - josée

VdeG: Quelle était l’inspiration pour la chanson Tous les soirs? Avez-vous des souvenirs d’époque reliés à cette chanson?
R. P. : Gars aime fille, fille fait son indépendante, gars ne se décourage pas : tôt ou tard, il sera l'élu de son coeur ! Une autre chanson écrite par Paul Paulin. Un texte pas très compliqué mais un rythme d'enfer - Paul avait un don pour les hooks. En fait, Paul nous a carrément montré à jouer trois chansons exclusivement pour notre participation au concours de CJMS... et ça a marché !



Les loups - tous les soirs

Ces mots, la face B de Tous les soirs
Les loups - ces mots



Les loups - pour tout dire

VdeG: Pour tout dire semble très dénonciatrice, quel en était le sujet et l’inspiration?
R. P. : Pour tout dire, c'est un gars qui crie sa rage au coeur devant le « mur » (The Wall avant le temps...) de l'incompréhension, devant la robotisation imminente et les lendemains qui déchantent. On est tous pris dans le Grand Engrenage et on n'a pas de temps à perdre, il faut vivre au max avant que tout éclate ! Comme l'impression que pas grand chose a changé depuis, n'est-ce pas ? Le solo de guitare fuzz de Daniel Giroux sur l'enregistrement est une pièce d'anthologie !

VdeG: Avez-vous des souvenirs de l’endroit et de la date de l’enregistrement de Pour tout dire?
R. P. : Personne ne se rappelle de la date exacte, mais cette chanson a été enregistrée lors d'une des ces légendaires sessions où on avait 3 heures de studio pour enregistrer les deux côtés de notre prochain 45 tours ! C'est peut-être la raison pour laquelle on était si enragés après tout !


VdeG: D’où est venue l’idée d’y ajouter de la guitare fuzz?
R. P. : C'est le son qu'exigeait le texte ! C'était de la folie, de l'incantation, du volcan qui éclate, du crachat qui s'éjectait !

VdeG: Quelle a été la réaction dans les médias à sa sortie?
R. P. : Euh... Qu'ossé ça c'te bibitte-là !*?%#???? Malheureusement, la chanson n'a pas bénéficié d'un soutien promotionnel assez efficace et elle s'est directement envolée dans la grande mémoire sidérale...

VdeG: Quelle était la réaction du public lorsque vous la jouiez sur scène?
R. P. : Les jeunes, eux, savaient exactement de quoi on parlait. Ils n'écoutaient pas la chanson, ils la ressentaient, ils la « vibraient »...

VdeG: Pour tout dire est aujourd’hui considérée comme un chef d’œuvre du rock garage québécois. Le 45 tours sur lequel elle figure est recherché par les collectionneurs de par le monde. Une copie peut se vendre jusqu’à 200$ sur eBay! Étiez-vous au courant de ce phénomène? Qu’en pensez-vous?
R. P. : Wow ! Première nouvelle ! 200 $ c'est plus qu'on a fait pendant toute notre première année de spectacles !! J'pense qu'y en a quelques-uns qui vont aller fouiller dans leur... garage ce soir !


VdeG: Était-ce Maurice Paquin qui chantait aussi sur Pour tout dire? Avec cette voix plus criée qu’à l’habitude, avec le fuzz dans la guitare et avec ces paroles assez agressives, on dit de Pour tout dire qu’elle serait même une chanson punk… peut-être une des premières au Québec! Qu’est-ce que ça vous fait de penser que vous faites partie des pionniers du punk québécois?
R. P. : C'était bien Maurice qui éructait le texte de sa voix sale et indignée ! Un Tom Waits shooté au Ginger Ale, quoi ! Ça fait un petit velours d'être considéré comme un pionnier mais, quand on y pense dans le fond, tous les artistes ont un côté punk. Certains le cachent bien, d'autres le refoulent mal mais tous en sont atteints.

De toi, la face B de Pour tout dire
Les loups - de toi

VdeG: Sur votre dernier 45 tours, lancé en 1967, dans la chanson Encore, les paroles me laissent penser qu’on parle peut-être de drogue… Est-ce le cas? Si oui, est-ce que Les Loups entraient dans une phase « hippie »?
R. P. : Re-wow ! Nous voilà dévoilés ! De quoi nous enfuir piteusement, la queue entre les pattes d'en arrière ! Surtout que, si deux gars de la meute fumaient la cigarette, l'auteur des paroles n'était aucun des deux.... Bizarre. Par contre, il fut plus tard un grand amateur de champignons et de... Carlos Castaneda.


Les loups - encore

Tzigane, la face B de Encore
Les loups - tzigane



Les loups - ah les fetes

VdeG: Pouvez-vous me raconter comme le projet de l’album Noël dans le vent, lancé pour la période des fêtes de 1965, est venu à vous?
R. P. : Comme c'était sur étiquette Fantastic, propriété de Jacques Matti, celui-ci a tout simplement réuni trois groupes faisant partie de son « écurie » et nous a demandé de créer des chansons de Noël originales pour l'occasion.

VdeG: La chanson Ah les fêtes! a récemment été utilisée dans un publicité de Zellers si je me souviens bien… comment avez-vous réagi?
R. P. : On était comme des enfants ! ! Quel merveilleux cadeau ! On en a eu les yeux tout éblouis ! Surtout que ça cadrait parfaitement avec les images remplies de couleurs et les jeunes qui riaient, chantaient et dansaient. Il faut dire aussi qu'on avait eu un avant-goût quand le groupe musical Boum Ding Band, dont le comédien Stéphane Crête était chanteur soliste, avait repris la chanson sur l'album Noël c'est l'amour.


VdeG: Croyez-vous qu’on puisse dire que Ah les fêtes! est maintenant un classique de Noël pour l’époque yéyé?
R. P. : C'est la grâce que l'on se souhaite de tout coeur ! Paroles faciles, images allumées, mélodie accrocheuse - c'est un autre exemple du don que possède Paul Paulin pour des ritournelles populaires. Ceci dit, les deux autres chansons originales des Loups sur cet album des Fêtes - Petit Michel et Cette étoile - étaient aussi d'un bon cru.

Les loups - cette étoile

Les loups - petit michel


VdeG: Dans quelles circonstances est-ce que Les Loups se sont séparés?
R. P. : Une histoire presque classique des groupes québécois. À un certain moment, trois étudient au collège tandis que les deux autres « travaillent ». Vient un moment où on doit décider : est-ce qu'on prend le beau risque et on se lance ou est-ce qu'on s'arrête ici ? Nous avons inconsciemment choisi de devenir ce météorite inconnu qui brille faiblement au fond de l'espace de la musique québécoise.




VdeG: Y a-t-il d’autres souvenirs mémorables ou anecdotes que vous aimeriez partager avec les lecteurs de Vente de garage?
R. P. : Un souvenir plus sentimental : les parents de Robert - Claude et Dorothée - qui étaient en quelque sorte les parents de la meute au complet. Claude et Dorothée demeuraient dans une vieille maison de bois, qui avait été construite par le grand-père de Claude, sur la rue Péloquin à Ahuntsic. Dans le temps, ils avaient aussi construit une grange à l'arrière de la maison, qui accueillait des chevaux, des lapins et des poules. Cette grange avait passé au feu mais elle était restée debout et c'est là que, l'été, Les Loups pratiquaient, attirant toujours une bonne foule de voisins et de badauds.
Claude et Dorothée occupaient - avec leurs 3 enfants - le logement du bas de la maison, qui consistait en 4 mini pièces et une toute petite salle de bain. L'hiver, 3 jours par semaine, de 7 heures à 10 heures, Les Loups montaient tout leur équipement - 3 amplis, guitares, batterie, colonnes de son, etc. - dans la cuisine du logement et pratiquaient.
Claude achetait toujours ses voitures - toujours des « station wagons » - en fonction de l'équipement car c'est lui qui servait de chauffeur attitré quand Les Loups allaient se produire en province.
Et quand le band revenait de Trois-Rivières, de Sherbrooke ou de Québec vers les 3-4 heures du matin, Dorothée était là qui les attendait avec les toasts, le café, les cretons, le beurre de pinottes, etc. - et la fête repartait de plus belle !

VdeG: Les Loups avaient-ils des compositions non-enregistrées ou des chansons d’extra enregistrées, mais jamais lancées?
R. P. : Nous avions plusieurs chansons originales à notre répertoire - que nous jouions constamment sur scène. Aucune n'a été couchée sur disque, bien que quelques versions de certaines chansons par d'autres artistes existent et que quelques enregistrements radio subsistent quelque part. Mais rien qui ne valle la peine de sortir au grand jour.

Après Les Loups, Maurice Paquin, chanteur, a lancé deux 45 tours en solo, mais toujours avec l'aide de M. Paul Paulin, sous le nom Francis Gregory. Étonnement, un de ses deux disques comporte ce qu'on peut considérer comme une des meilleurs véritables chansons ska du répertoire québécois des années 60: la chanson Monsieur Melon. Sur l'autre face, on retrouve une reprise intitulée Le marchand de ballon.




Francis Gregory - Monsieur Melon

Francis Gregory - Marchand de ballon

Maurice Paquin et Paul Paulin ont ensuite formé le duo Tibi et Toba, avant que M. Paquin ne lance un album solo, en 1983, toujours accompagné de Paul Paulin et même de Robert "Go-Beat" Paradis (à l'écriture de deux chansons).


L'album La garantie de Paquin a connu un certain succès, notamment avec les chansons Y'a rien là et Motel Henry, une chanson sur l'hôtel du même nom à Rouyn-Noranda! C'est donc le chanteur des Loups que vous retrouvez là-dessus! Voici la genèse de la chanson « Motel Henry » de Maurice Paquin:

Octobre 1978. Le premier engagement solo de Maurice Paquin: le Motel Henry de Rouyn-Noranda. J'y débarque avec ma Chevrolet '62, mes tounes originales, mon costume folklorique écossais, mon poêlon électrique à deux ronds, mon gruau organique et mes rêves de stardom. Répétition avec des « musiciens » qui n'ont jamais vu ni entendu parler d'une partition musicale. Après deux chansons, le patron monte sur scène, me prend par le chignon et « m'enwoye à 'maison ».

Je me retrouve au Château Inn de Val d'Or, où Gérard Vermette et Pierre Daignault me prennent sous leurs ailes et m'expliquent que dans le monde du cabaret, un artiste qui ne boit pas et ne mange pas sa paie, ce n'est pas rentable.

« Thank you / Merci » se lisait en grosses lettres de néon, sur le panneau d'annonce du Motel Henry. Jamais je n'oublierai ces premiers pas de ma carrière, ces premiers refrains de mon cri de coeur. There's no business like show business.

L'histoire des Loups s'arrête donc ici. Un immense merci à M. Robert Paradis, Paul Paulin ainsi qu'à tous les membres des Loups qui ont généreusement accepté de partager souvenirs, archives et musique avec Vente de garage et ses lecteurs.

11/12/11

Irène McNeil - Rock'n'roll du Père Noël


C'est Noël! Fac Joyeux Noual!

Pour l'occasion, voici l'autre Rock'n'roll du Père Noël, pas celui de Marcel Martel, disponible ici, mais bien celui de Mademoiselle Rythme, Irène McNeil!

Il y a quelques temps, j'étais à l'émission Bouillant de culture, à Radio-Canada, pour parler des deux chansons de rock'n'roll québécois intitulées "Rock'n'roll du Père Noël".

Voici donc un peu plus d'infos sur celle de Madame Irène McNeil.

C'est probablement en décembre 1957 que la première édition du Rock'n'roll du Père Noël d'Irène McNeil a vu le jour (voir le top de l'article). C'était sur les disques Sandryon, l'étiquette de la chanteuse d'origine française, pin-up, propriétaire de cabaret et femme d'affaire Michèle Sandry. Les disques Sandryon sont bien connus pour nous avoir donné plusieurs disques de rock'n'roll aujourd'hui presque introuvables, et donc, d'autant plus mythiques, tel qu'un 45 tours doo wop du groupe américain The Avalons, lors de leurs belles années à Montréal, la chanson The Mule de Gordie Sullivan et Jukebox Rock'n'roll, de Madame Sandry elle-même.

Irène McNeil n'était pas étrangère au monde du cabaret. Elle était d'ailleurs Maître de Cérémonie du Café El Dorado de Montréal, où elle a notamment présenté l'autre grande femme du rock'n'roll québécois, la première même, tous genres confondus, à avoir enregistré une chanson de rock'n'roll au Québec et en français, et j'ai nommé, Carmen Déziel.


McNeil donc, voyant probablement le rock'n'roll devenir de plus en plus populaire, s'est mise au genre. On l'a même surnommée Mademoiselle Rythme et ce fut d'ailleurs le titre de son premier album, lancé circa 1958, sur étiquette London. On retrouve là-dessus plusieurs excellentes adaptions de succès plus ou moins obscurs de rock'n'roll américain.

Iréne McNeil avait une "twist" cabaret à son rock'n'roll, c'est-à-dire un son jazzé, proche du swing. Elle était entourée d'excellents musiciens. Notamment, ici, sur le Rock'n'roll du Père Noël, c'est Rod Tremblay et son orchestre qui l'accompagnent.

Contrairement au Rock'n'roll du Père Noël de Marcel Martel, qu'il avait composé lui-même, celle de Mme McNeil est plutôt une adaptation de Boogie Woogie Santa Claus, notamment popularisée par Patti Page, en 1950.

La version de Mademoiselle Rythme est franchement excellente et présente des paroles qui veulent annoncer l'arrivée du rock'n'roll comme un nouveau rythme jeune et entraînant. J'adore particulièrement les Rock, rock, rock Père Noël/Roll, roll, roll Père Noël!

Pour le peu qu'on en sache, Irène McNeil a continué sa carrière de Maître de cérémonie en cabaret au moins jusqu'au cours de la première moitié des années 60. Ensuite, qui sait!

Joyeux Noël!

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